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chan
18/01/2007, 20h10
Je suis un peu perplexe a l’heure actuelle sur la forme politique du débat pour la défense du statut de psychologue…

Ce qui m a amenée à la FFPP l’an dernier, c’était la possibilité de créer localement un groupe de travail, d’échanges sur la clinique essentiellement, avec d’autres psychologues travaillant dans des champs différents de celui dans lequel j’ai exercé jusqu’à présent… Cela répond pour moi à la recherche d’une diversité de points de vue, qui sont potentiellement enrichissants…
J’étais également intéressée pour participer à l’information sur le métier de psychologue, ou plutôt les métiers de psychologue, auprès de différents publics, et notamment des personnes susceptibles de recourir à nos compétences.

Ici, on parle beaucoup de défense du statut des psychologues … Bien qu’au chômage depuis presque un mois, je ne sens pas mon identité professionnelle en « danger », pas plus que je ne me sens en "guerre" contre des collègues psychiatres ou psychothérapeutes, mais c’est un avis somme toute très personnel.

Ensuite, quand je lis les grandes lignes de l’amendement Accoyer… je suis un peu inquiète tout de même…

Mon point de vue est le suivant :

Je suis d’accord sur l’importance de promouvoir (je préfère ce terme à celui de défendre, nous ne sommes peut-être pas en guerre tout de même…) notre profession.

Cependant, lorsque je dis que je suis psychologue, j’exclue de fait que je sois psychiatre, j’exclue de fait que je sois psychothérapeute. Pourquoi ? parce que je n’ai pas fait médecine, et parce que je n’ai pas suivi de formation qui me permette de proposer une technique psychothérapique quelle qu’elle soit aux patients que je prends en charge (ce qui ne m’empêche pas de leur proposer un accompagnement psychologique de qualité en référence constante aux divers champs de la psychologie qui trouvent leur pertinence au cas par cas).
Par contre, si demain je bénéficie d’une formation pour une technique telle que les thérapies cognitives comportementales, les thérapies familiales ou la sophrologie par exemple, là je me permettrai de dire que je suis psychologue et psychothérapeute, parce que ce ne sera pas mon Master2 qui m’aura enseigné les compétences suffisantes en thérapie cognitive comportementale, thérapie familiale ou en sophrologie. N’envisageant pas de faire médecine, la question du titre de psychiatre reste en suspend… sourire…

Donc, compte tenu du débat actuel, je suis d’accord sur le fait qu’il est important que tout psychothérapeute (comme pour tout autre psy du reste…) doive à ses patients, à ses collègues psy (-chothérapeutes / -chologues / -chiatres) et à lui-même, une formation conséquente pour exercer.

Est-ce pour autant aux psychologues et aux médecins… re-sourire (eh oui… combien de fois ai-je entendu bougonner des collègues qui se font noter par des médecins et pas par des psychologues dans les CHU ? de quel droit disent-ils ? puisque par définition les médecins ne sont pas des psychologues…) je reprends.. est-ce pour autant aux psychologues et aux médecins doivent contrôler les psychothérapeutes ?…
Pour préciser, je cite M. Lecuyer évoquant les deux amendements relatifs à l’article 52 : « Le premier prévoit que pour pouvoir s’inscrire sur la liste départementale, les professionnels justifiant d’au moins trois années d’exercice sous la dénomination de « psychothérapeute », à la date de promulgation de la présente loi, doivent préalablement obtenir l’autorisation d’une commission régionale composé paritairement de psychologues et de médecins »…
N’y avait-il pas un vieil adage qui dit « ne fais pas à l’autre ce que tu ne veux pas qu’on te fasse » ?…

Il y a aussi la question reprise par M. Lecuyer : « Par ailleurs, elle rappelle que pour elle l’exigence d’une formation universitaire en matière de psychopathologie clinique ne peut être satisfaite que dans le cadre d’un master, et que des masters de psychologie correspondent à cette exigence, soit 5OO heures de formation théorique et 500 heures de stage »… qui me laisse aussi perplexe… tous les psychologues, du travail, les psychosociologues, et les mêmes les psychologues de la santé ont bien le droit d’exercer en tant que psychologues dans leur domaine de compétence ? le cursus a-t-il a ce point changé depuis 3 ans, date de mon diplôme, dans les différents masters pour satisfaire à cette exigence ? Car suivant cette logique, pour un psychologue du travail, n’est-il pas nécessaire qu’il effectue au même titre que les psychothérapeutes cette formation afin de pouvoir participer par exemple au recrutement de personnel de police, de l’armée et percevoir si le sujet est à risque de décompenser en situation d’urgence ?

Nous sommes entrain de dériver sur un mode de pensée unique où seule la formation universitaire est reconnue… Apprendre les stades freudiens dans les murs de la fac n’est-il pas le même enseignement que dans les murs d’une école privée ? c’est biensur un exemple très réducteur… mais tout de même… devons-nous à ce point nous poser comme la référence unique ?

J’ai aimé la formation que j’ai reçu à l’université et au cours de mes stages, parce que justement, j’ai pu bénéficier d’un enseignement ouvert à plusieurs champs de la psychologie clinique, et de la psychopathologie… et qu’il y a là, par analogie, un esprit démocratique.

Il me semble qu’avant de venir régenter la formation de nos collègues psychothérapeutes (qui existaient tout de même avant l’article 52, sourire encore...), et psychologues scolaires aussi (qui sont pourtant bien formés par l’université… mais peut être que dans le cadre du diplôme de psychologue scolaire, les professeurs de l’université seraient moins performants que lorsqu’ils enseignent dans le cursus universitaire qui conduit au master), nous avons peut-être nous mêmes d’autres propositions à faire : ce n’est pas le travail en tant que tel qui manque, ce ne sont pas les besoins qui manquent, mais les budgets…
Peut-être est-il plus simple de tenter d’exclure les psychothérapeutes que de demander des budgets aux DDASS pour les hôpitaux, les organismes sociaux… Pour évoquer la branche professionnelle dans laquelle j’exerce, en hôpital général donc, cela fait plus de 15 ans parfois que des chefs de services demandent des budgets aux directions (CHU, DDASS, ARH) pour obtenir ne serait ce qu’un mi-temps de psychologue dans des services parfois très lourds (réanimation, cancérologie… etc…) ! Les psychothérapeutes en seraient-ils responsables ? Et comment puisqu’ils n’ont pas le droit d’exercer dans les organismes de l’Etat ?
Peut-être est-il plus simple aussi de tenter d’exclure les psychothérapeutes que les psychiatres… pourtant, ceux-ci, par leur qualité de médecin, sont en cabinet libéral bien plus sollicité que les psychologues et les psychothérapeutes, puisque nos patients potentiels sont remboursés s’ils vont voir un psychiatre et ne le sont pas s’ils vont voir un psychologue ou un psychothérapeute…
N’oublions pas que nous sommes en partie responsables puisque la question de l’assimilation aux professions para-médicales a été posée par le passé aux psychologues qui ont refusé de relever des professions para-médicales…

De plus, aucun psychologue ayant simplement un master de psychologie clinique et psychopathologie ne peut honnêtement prétendre être capable de proposer à un patient une psychanalyse (par exemple ou toute autre thérapie au sens technique du terme)… Bien sur, il y a les psychologues psychanalystes… donc psychothérapeutes qui utilisent comme technique la psychanalyse…
Encore, l’université comme référence unique… quelle légitimité ? en effet, comment peut on expliquer qu’il n’y a pas si longtemps et peut-être encore aujourd’hui en France, certains étudiants sont officieusement sélectionnés pour entrer en master2 sur le critère pour le moins arbitraire du nom du psy (je laisse la porte ouverte sur la suite du mot) chez lequel ils sont eux-mêmes en analyse ? Cela n’existe heureusement pas partout, mais cette info a été transmise ponctuellement par un professeur d’université qui évoquait le fonctionnement d’un UFR dans une autre université…

J’aime mon métier, j’aime échanger avec des collègues de divers secteurs d’activité de la psychologie. Je pense aussi qu’il est important qu’une éthique, plus qu’une réglementation, existe pour chaque professionnel psy. Je pense que les psychothérapeutes eux-mêmes ont tout intérêt à ce que leur(s) profession ne soit pas salie par des personnes qui s’installent après deux seuls jours de formation onéreuse en pensant pouvoir exercer.
Mais dans chaque champ disciplinaire, tout comme en politique ou en religion, nous risquons de devenir dogmatique et totalitaire… Imposer la formation universitaire comme seul modèle du « bien » en psychologie est sectaire… cela veut dire que certains collègues psychologues sont entrain de développer ce contre quoi ils disent combattre…

C’est la porte ouverte au totalitarisme…
Et je n’ai pas envie d'y collaborer… sans quoi je n’aurai pas choisit de devenir psychologue.

En conclusion, je citerai l’article 22 du Code de déontologie des psychologues : « le psychologue respecte les conceptions et les pratiques de ses collègues pour autant qu’elles ne contreviennent pas aux principes généraux du présent code ; ceci n’exclue pas la critique fondée »…

Bien à vous tous…

GillesRiou
23/01/2007, 16h14
Bonjour,

j'ai parcouru avec intérêt votre topo bien argumenté.
Je rejoins votre questionnement sur l'université et ses limites ainsi que sur la promotion et non la défense d'une identité professionnelle.
De même je souris avec vous sur ceux qui sont attaqués et sur ceux qui ne le sont pas...

Sur d'autres points je voudrais apporter sinon une réponse, du moins une interprétation.
Premier point: Psychothérapeute; technique ou plus? C'est il me semble la question qui se pose. La réponse qui semble avoir été choisie est "plus".
C'est un peu, je crois, la même position que pour les médecins: en quoi un médecin a-t-il besoin de connaître la physiologie, l'anatomie, la biologie cellulaire, la biochimie etc. etc. pour soigner la grippe ou les 98% de maladies pour lesquelles bien souvent un bouquin de 100 pages permettrait de savoir comment faire à partir des symptomes sans avoir besoin de connaître toute la machinerie qui est dessous.
C'est pour les 2% restants notamment, qui dans notre domaine peuvent avoir tendance à enfler démesurément.
Je partage ce point de vue: être psychothérapeute implique une connaissance approfondie du fonctionnement psychique.

Cela me fait arriver au...

Deuxième point: Pourquoi l'université serait elle seule légitime?
C'est il me semble une question de Norme, avec toutes les vissicitudes que cela colporte.
L'université et son modèle est le référent étatique (officiel) du savoir. C'est un point de repère particulièrement visible qui peut faire courir le risque d'en devenir aveuglant.
les Ostéopathes sont en train d'en faire les frais dans leur domaine.
Je suis moi même enclin à penser que nombre de savoirs n'ont pas de forme scientifique/ universitaire et ne sont pas pour autant invalides. Cela dit, la forme scientifique (administration de la "preuve" (souvent statistique)) est une garantie objectivée de résultats à minima.
Maintenant, il faudrait encore arriver à pouvoir dire de quels résultats on parle quand on sait que pour la psychopathologie les changements ne se mesurent pas forcément avec un thermomètre ou un taux de globules blancs.
(encore que...)

Troisième point: Où est-ce que les psychologues ont mal? (ou encore le syndrome du caporal chef :lol: ).
Ca suit finalement assez bien le second point. les psychologues ont du mal à savoir d'où ils viennent et du coup où ils crèchent. Ils sont selon moi -je n'engage donc que moi ;-)- (au niveau de la profession) pris dans une volonté de s'affirmer face à certaines professions en place, notamment par l'obtention et/ou le refus de prérogatives professionnelles (tests, refus d'intégrer les professions paraméd).
Cela me semble inhérent à une profession/ discipline encore très jeune, à fortiori si elle s'est coupée (en France en tous cas) de ses racines (philosophie) pour arriver dans le gyron des sciences des la vie
(classification universitaire) et ce, sans en avoir encore retracé le parcours.

Pour finir, l'ammendement Accoyer me semble être quoi qu'il en soit un "plus" au vu d'une situation qui était peu protectrice des personnes concernées par le soin psychique. C'est au moins un démarrage, une version "bêta" d'un vaste programme.
Par ricochet cela permettra/ obligera les psychothérapeutes sans autre qualificatifs à se donner une forme et une structure plus apte à "faire le ménage" en cas de besoin.
Parce qu'aujourd'hui ce n'est pas le cas, et il me semble non seulement naïf mais en plus peu responsable de penser que les bonnes intentions dont l'enfer dit on est pavé soient suffisantes pour ce faire.

decembre
24/01/2007, 02h34
Bonjour,

c'est un debat interessant auquel j'aimerais apporter quelques reflexions personnelles.

Chan, vous dites "si je dis que je suis psychologue, j'exclue de fait que je suis psychotherapeute". Je ne partage pas ce point de vue qui a d'ailleurs souvent ete exprime par les organisations de psychotherapeutes - et meme par des psychologues eux-memes.

Je suis psychologue clinicienne installee depuis peu en liberal, faisant face a la concurrence de "psychotherapeutes" de tout poil, au marketing aggressif et a la formation legere.

Je crois que ce debat doit etre place dans son contexte economique. Les organisations de "psychotherapeutes" ne se battent pas pour pouvoir travailler a l'hopital remuneres au SMIC ou presque. Ils se battent pour le "marche" de la psychotherapie en liberal.

Face a ces syndicats bien organies et determines, je pense que nous, les psychologues, avons ete quelque peu naifs, en cedant parfois a notre tendance louable - deformation professionnelle? - a nous remettre en question. Or, autant il est necessaire de reflechir a des ameliorations de notre formation, autant ceci me semble contreproductif dans le contexte de ce debat, face a des gens qui ont beaucoup moins de scrupules.

Regardez du cote des psychiatres qui ne sont pas tombes dans le meme piege: ils n'ont pas de formation a la psychotherapie plus consequente que nous, mais jamais vous ne les avez entendu douter de leur legitimite en tant que psychotherapeutes.

A quand le psychologue qui dit: "J'ai recu une excellente formation theorique et clinique a l'universite. Suivant mon code de deontologie, je continue et continuerai de me former pour pouvoir apporter le meilleur soin a mes patients. Mais deja sur la base de ma formation de psychologue clinicien, je suis mieux qualifie que la grande majorite des "psychotherapeutes" non psychologues pour le suivi psychotherapique de personnes en souffrance psychique."

Quant a la formation theorique: l'universite m'a formee au diagnostic psychiatrique et psychodynamique, a la psychopharmacologie, aux neurosciences, a la psychologie du developpement, a la comprehension du fonctionnement psychique d'un point de vue psychanalytique aussi bien que cognitif et, bien sur, a la psychopathologie de l'adulte et de l'enfant.Tous ces savoirs me sont indispensables dans ma pratique de la psychotherapie, et je rejoins tout a fait GillesRiou sur ce point.

Quant a la psychotherapie: on m'a enseigne bases theoriques et methodes therapeutiques de tous les grands courants (j'ai d'ailleurs ecrit mon memoire sur le changement en therapie). Mais surtout, j'ai effectue plus de 800 heures de stage, me permettant d'aller a la rencontre du patient et de prendre en charge des patients sous la supervision de collegues experimentes. J'ai en plus fait une psychanalyse et me suis enfin formee a une technique specifique, les TCC.

Regardons du cote des "psychotherapeutes", dont il est convenu d'accepter comme un fait accompli leur formation approfondie a la psychotherapie. Je me suis amusee l'autre jour a regarder le programme de "l'Ecole Parisienne de Gestalt", geree par un des leaders des organisations des psychotherapeutes.

- prerequis: a vrai dire, aucun, si ce n'est d'avoir suivi une sorte de psychotherapie
- formation theorique: quelques conferences, quasi exclusivement sur la theorie de la Gestalt
- un "premier cycle", consistant essentiellement a la participation dans une therapie de groupe
- un "deuxieme cycle", permettant d'obtenir le titre de psychotherapeute certifie avec deux fois trois semaines de stage d'ete.
Le pire, c'est que tous ces nouveaux "therapeutes certifies" n'ont jamais rencontre de patient.

Et c'est la une ecole plus serieuse que d'autres.

Vous comprendrez pourquoi je soutiens entierement les amendements proposes par M.Accoyer. Sans ces amendements, on valorisera le titre de psychotherapeute en lui donnant une protection legale, tout en l'accordant sur des bases plus que legeres.

Bien cordialement

Decembre

GillesRiou
25/01/2007, 12h01
Vous mettez bien en valeur, Decembre, deux choses intéressantes.

D'abord, il est bon de lire ce mini mémorendum du psychologue. Où l'on se rend compte qu'on a finalement fait et appris deux ou trois choses au cours de ses études...
Les psychologues, plus que beaucoup d'autres professions à titres souffrent d'un syndrome de Socrates qui sait qu'il ne sait rien.
Cela pose surtout problème face effectivement à une argumentation simpliste et réductrice qui propose une explication facile à toute chose, prémachée et dans laquelle on peut faire rentrer toute personne.
Le plaisir de tout comprendre, tout savoir à peu de frais. (La PNL dans tous ses états).
Je serais méchant de dire que c'est ce qui est enseigné dans la plupart des "graaaaandes écoles de commerce et d'ingénieur". Tiens, d'ailleurs, je suis méchant, je le dis.
Et même dans les plus grandes.
Il serait encore plus méchant de montrer à quel point cela est dû à une absence très forte de positionnement de la part des psychologues de façon organisée sur ces secteurs. Je ne serais pas méchant à ce point. :lol:

La deuxième chose que j'ai bien aimé dans votre intervention concernait finalement la mise en avant de luttes de corps professionnels: psychologues, psychiatres et psychothérapeutes.
Un exemple typique de caractérisation et de différentiation intra-intergroupe. C'est une sorte de caricature du réel, bien sûr. Tous les psychothérapeutes ne sont pas mauvais. Certains sont même psychologues... et à l'inverse, tous les psychologues ne sont pas bons, et les formations universitaires ne sont pas toutes excellentes. Vraiment pas toutes...
Mais je crois qu'il est important de pouvoir faire émerger une identité de profession, et je crains que cela ne passe entre autre par une volonté de distinction et donc de comparaison avec d'autres groupes sociaux. (on sent la prégnance du psycho-social dans le discours ;-) )
C'est une étape de maturation, une sorte de dialyse qui s'opère, où l'on tente de séparer et de distinguer les choses tant pour nous qui sommes dans la soupe, que pour ce qui regardent la soupe: le "grand public".

Le travail consiste donc plus à dire qui fait quoi et comment. L'erreur serait de trop vouloir dire in abstracto qui fait "bien" et qui fait "mal". En toute logique, cela devrait découler de ce travail de clarification (du moins dans une optique darwinienne).

decembre
28/01/2007, 02h54
Bien sur, les universités ne forment pas que de bons psychologues, et tous les "psychothérapeutes" ne sont pas mauvais - comme il existe des ingénieurs pas bons et des bricoleurs brillants. Et vous en tirez quelle conclusion? Qu'avoir un diplome et pas en avoir se vaut, d'une manière générale?

Vous avez raison, il y a en jeu quelque chose concernant la que^te d'identité des uns et des autres, donnant lieu à que vous appelez la différenciation intra- et intergroupes.

Mais pour moi, il y a quelque chose de fondamental qui ne va pas, en ce qui concerne la différenciation telle qu'elle est proposée par certains aujourd'hui. Je m'explique:

Ceux qui se font appeler dans la discussion actuelle "les" psychothérapeutes ne sont en réalité qu'un sous-groupe très particulier. D'une part en ce qui concerne le courant: 75% de la FF2P par exemple se réclament du courant humaniste, allant de l'approche très estimable de Carl Rogers jusqu'au plus farfelu. D'autre part, particulier par le fait que ses adhérents, dans leur grande majorité, ne sont ni psychiatres ni psychologues.

Or, les psychothérapeutes, ce sont aussi et surtout les psychiatres et psychologues exerçant la psychothérapie, dont au moins tous ceux que je connais se sont formés au-delà de leurs études - mais aucun dans une de ces "écoles" qui vous allouent un diplome ronflant suite à trois weekends dans la Lozère. Vous ne trouverez parmi les membres de ces organismes de "psychothérapeutes" aucun membre de la SPP, de l'APF, de l'AFTCC ou de la Société Française de thérapie familiale. Tous ces organismes exigent d'ailleurs en général un diplome de psychologue ou de médecin.

Il serait donc plus juste de distinguer d'une part les psychothérapeutes qui sont psychologues ou médecins et ont une formation psychanalytique, cognitivo-comportementale, systémique ou autre sérieuse (à laquelle la majorité des membres de la FF2P etc. n'ont pas accès faute de diplomes), et d'autre part les "psychothérapeutes" sans diplome et avec des formations non vérifiables.

Alors, peut-etre faudrait-il que les premiers s'associent, au-delà de leurs différences de courants, pour reprendre la place du psychothérapeute? (dans une logique darwinienne) Beau rève....

cauvin
28/01/2007, 14h06
Je vous rejoins assez largement décembre.


D'autre part, je ne comprends pas l'argumentaire de chan pointant un risque de dérive autoritaire : bien entendu, il y a des psychothérapeutes non-psychologues et non psychiatres qui s'en tirent bien.

Mais en quoi est-ce un argument ? Si je peux me permettre, certaines personnes conduisent sans accident depuis des années sans permis, sans avoir appris le code et sans avoir pris des cours (à part les conseils de leurs proches, dont le sérieux de certaines formations de thérapie est proche...) D'ailleurs pour ces thérapeutes "non-psy", on envisage la fameuse clause du "grand-père" ... mais est-ce une raison pour laisser ma grand-mère déficiente rouler sans permis sur l'autoroute et abandonner le principe du permis de conduire ? Je ne crois pas (pour tout dire ce serait criminel, comme cela peut l'être de laisser exercer des gens non formés)

Certes, certains psychologues et médecins diplômés en régles font des erreurs et même des fautes, et alors ? Pour reprendre la métaphore routière, est-ce parce que la ceinture ne sauve pas la vie à tous les coups qu'on doit se contenter de laisser les gens rouler sans ?

Cette peur de la législation est assez extraordinaire et trés troublante : actuellement elle permet à beaucoup de personnes peu scrupuleuses de faire absolument ce qu'elle veulent sans conséquences aucunes (pour elles-mêmes, en tous cas).

GillesRiou
30/01/2007, 16h35
Je partage les argumentations exposés par Décembre et Cauvin.
Les exemples -notamment du permis de conduire- sont très explicites à cet effet.

J'ai peut être une base d'explication à propos de la défiance d'une législation concernant la psychothérapie.

Le manque de "preuve". Si la médecine générale peut disposer d'indicateurs explicites facilement appréhensibles tels que la fièvre, les taux de globules blancs et autres variables biologiques observables, la psychologie et à fortiori la psychothérapie n'en dispose que de peu.
Cet effet est renforcé par le conflit opposant méthode analytique et tcc, où pour certains praticiens les "guérisons" de l'un valent les "maux" de l'autre... On n'est pas sorti de l'auberge (et je reste poli).

Ainsi donc, faute d'observables et surtout de mesurables, l'évaluation des effets de psychothérapies sont délicats et il est facile de relativiser tant les méthodes que les pratiques.
On reste dans une pensée presque magique, disons à minima ésotérique pour beaucoup. Pensée séduisante que la législation pourrait commencer à neutraliser, voire briser. Un peu comme le jour où le permis de conduire est apparu. D'où parfois un réflexe défensif pour protéger le sommeil des "bienheureux".