Jeannine Accoce
10/05/2005, 06h39
ANNONCE du 2nd COLLOQUE BABEL
PSYCHANALYSE, LITTERATURE & ARTS
SAMEDI 18 JUIN 2005
Lettres de l’extrême, Extrêmes de l’être
ESPACE Pierre CARDIN, 75008 Paris
Inscription : Prime Time SAS – Tél. : 01.55.17.22.22.
E-mail : primetime@wanadoo.fr
Pourquoi l’étude des textes littéraires est-elle absente de la formation des psychologues et des psychiatres ? Elle permet pourtant de revisiter les aspects majeurs de la psychopathologie et de la clinique, de faire émerger les liens de filiation si manifestes entre psychanalyse et littérature.
De nombreux psychanalystes disent volontiers la dette contractée vis-à-vis des écrivains, qui leur ont permis de pense, de conceptualiser, voire à leur tour de créer.
Le séminaire Babel a sollicité, depuis dix ans maintenant, des psychanalystes de renom et d’autres en devenir, leur demandant de faire part de leur curiosité et de leur enchantement devant certaines œuvres, ce qui a éclairé de manière originale et vivante, pour leur auditoire, de nombreuses dimensions psychopathologiques et cliniques.
Les psychanalystes réunis pour ce colloque se pencheront sur le thème « Lettres de l’extrême, Extrêmes de l’être ». Dans quels états extrêmes de l’être la création peut-elle survenir ? L’œuvre littéraire serait-elle destinée à combler un vide originel, le creux de l’absence et nous faire éprouver ce noyau de silence présent au fond de toute parole ?
Programme
9h00 : Maurice CORCOS
Autoportraits : De René Magritte à Francis Bacon.
De l’autre côté du regard
Discutant : Gérard PIRLOT
Le tableau L’image parfaite de René Magritte semble représenter sa mère au miroir. Ce miroir ne reflète rien mais de plus est noir, opaque. On sait que l’artiste s’exposant à dessiner l’image de sa mère, qui se suicida lorsqu’il avait 12 ans, a une occasion d’exprimer le tréfonds de son être. Aussi comme tous les tableaux de « la mère de l’artiste » celui-ci est un autoportrait ;
Rappelons nous aussi que tous les « autoportraits de l’artiste » sont la façon dont celui-ci imagine être vu par sa mère. Ce tableau est donc le portrait de l’artiste dans le regard vide de sa mère.
La tableau Study for the nurse in the film Battleship Potemkin de Francis Bacon est un autoportrait en référence au regard maternel. Le personnage principal en proie à des spasmes et des torsions qui semblent émaner de contenus internes pulsionnels explosifs.
L’enfant et la nurse se confondent dans un personnage qui a pris soin dans les échanges de garder à la fois le sein maternel, le cri d’horreur de celle-ci, et la bouche vorace de l’enfant.
C’est à la fois le cri d’horreur de la mère dont on tue l’enfant et le cri de l’enfant dans le berceau.
La mère et l’enfant indifférenciés se rejoignent dans le même cri d’horreur dans ces deux tableaux. L’enfant et la nurse se confondent dans un même personnage monstrueux. C’est l’esprit de symétrie implacable de la mélancolie… la nurse et l’enfant se confondent pour le pire dans une même machine à souffrir.
10h00 : René ROUSSILLON
Emprise et déprise : à propos de
« Si par une nuit d'hiver un voyageur" d’ Italo Calvino
Discutant : Simone SAUSSE-KORFF
11h00 : Jean GILLIBERT - Lecture
« Parce que l’amour est un événement
et non un attribut du manque » Jean sans terre
12 h 30 : Pause déjeuner
14h00 : Alejandro ROJAS-URREGO
IL FAUT VOYAGER LOIN EN AIMANT SA MAISON
LA VERTIGINEUSE MARELLE DE JULIO CORTÁZAR
Discutant : Alberto EIGUER
“Nul ne peut raconter l’argument d’un texte de Cortázar », écrit Jorge Luis Borges. Le désordre apparent de son écriture n’est en fait qu’un ordre mystérieux et fragile. Nous pouvons lire Julio Cortázar comme on jouait autrefois (?) à la marelle, ce rite enfantin « du caillou et du saut à cloche-pied pour entrer dans le Ciel. » Ses personnages nagent –et se noient parfois- dans des fleuves métaphysiques. Ils traversent des ponts de lettres qui réunissent tendresse et sensualité, ennui et passion, horreur et beauté. Ils se perdent et se retrouvent et se perdent à nouveau. Nous découvrons, avec eux, ce qu’il y a d’insolite dans le quotidien. Et aussi le contraire. Inquiétante étrangeté. Du solitaire au solidaire. De la terre au ciel. Du centre de l’être aux extrêmes de l’être. Et vice versa.
15h00 : Emmanuelle SABOURET
La disjonction du Caravage
Discutant : Marthe COPPEL-BATSCH
Il est des hommes qui rappellent que le cours de l'histoire n'est ni lent ni régulier. Le Caravage (1571-1610) en fut par ses innovations si radicales qu'elles bouleversèrent le développement de la peinture occidentale. Querelleur, fauteur de troubles et condamné pour assassinat, Caravage ne cessa pourtant jamais de peindre qu'il fût sous la protection de grands mécènes ou en fuite pour échapper à la justice pontificale. Le contraste entre le saisissement pictural d'instants suspendus et son errance vitale jalonnée de passages à l'acte laisse penser qu'en dépit d'une ouvre considérable, son pouvoir créateur n'ait pu prendre le pas sur l'inflexion mortifère qu'il met en scène dès ses premiers tableaux. Son errance s'est accentuée à la fin de sa vie tandis qu'il se livrait encore, à l'abri de la toile, à de grandes compositions religieuses aux thématiques désespérées, en quête d'une absolution divine.
16h00 : Jacques HOCHMANN
Le délire de filiation du Comte Arthur de Gobineau
Discutant : Daniel HURVY
Auteur d'un célèbre Essai sur l'inégalité des races humaines, paru en 1857 et qui a beaucoup inspiré les théoriciens nazis, Gobineau se croyait le descendant direct d'un envahisseur viking, Ottar Jarl. Il a construit toute une fantasmagorie généalogique pour justifier cette croyance, dont on recherchera les échos dans le reste de son oeuvre ainsi que les racines dans son histoire personnelle. Il s'agit d'illustrer en même temps une certaine conception de l'application de la psychanalyse à l'étude d'un texte littéraire.
17h00 : Nathalie ZALTZMAN
Littérature concentrationnaire : un complément métapsychologique
Discutant : Régine WAINTRATER
A quelle ouverture, à quelle mutation à la fois la plus individuelle et la plus générale, de la conscience individuelle et de la conscience collective modifiées par l’histoire, initient la lettre de Robert Antelme à Dionys Mascolo et son article L’ange au sourire. La lettre est de juin 1945. Elle précède son œuvre L’espèce humaine. L’article a été publié en janvier 1994.
18h00 : Julia KRISTEVA - Lecture
« Je me voyage » : Meurtre à Byzance
PSYCHANALYSE, LITTERATURE & ARTS
SAMEDI 18 JUIN 2005
Lettres de l’extrême, Extrêmes de l’être
ESPACE Pierre CARDIN, 75008 Paris
Inscription : Prime Time SAS – Tél. : 01.55.17.22.22.
E-mail : primetime@wanadoo.fr
Pourquoi l’étude des textes littéraires est-elle absente de la formation des psychologues et des psychiatres ? Elle permet pourtant de revisiter les aspects majeurs de la psychopathologie et de la clinique, de faire émerger les liens de filiation si manifestes entre psychanalyse et littérature.
De nombreux psychanalystes disent volontiers la dette contractée vis-à-vis des écrivains, qui leur ont permis de pense, de conceptualiser, voire à leur tour de créer.
Le séminaire Babel a sollicité, depuis dix ans maintenant, des psychanalystes de renom et d’autres en devenir, leur demandant de faire part de leur curiosité et de leur enchantement devant certaines œuvres, ce qui a éclairé de manière originale et vivante, pour leur auditoire, de nombreuses dimensions psychopathologiques et cliniques.
Les psychanalystes réunis pour ce colloque se pencheront sur le thème « Lettres de l’extrême, Extrêmes de l’être ». Dans quels états extrêmes de l’être la création peut-elle survenir ? L’œuvre littéraire serait-elle destinée à combler un vide originel, le creux de l’absence et nous faire éprouver ce noyau de silence présent au fond de toute parole ?
Programme
9h00 : Maurice CORCOS
Autoportraits : De René Magritte à Francis Bacon.
De l’autre côté du regard
Discutant : Gérard PIRLOT
Le tableau L’image parfaite de René Magritte semble représenter sa mère au miroir. Ce miroir ne reflète rien mais de plus est noir, opaque. On sait que l’artiste s’exposant à dessiner l’image de sa mère, qui se suicida lorsqu’il avait 12 ans, a une occasion d’exprimer le tréfonds de son être. Aussi comme tous les tableaux de « la mère de l’artiste » celui-ci est un autoportrait ;
Rappelons nous aussi que tous les « autoportraits de l’artiste » sont la façon dont celui-ci imagine être vu par sa mère. Ce tableau est donc le portrait de l’artiste dans le regard vide de sa mère.
La tableau Study for the nurse in the film Battleship Potemkin de Francis Bacon est un autoportrait en référence au regard maternel. Le personnage principal en proie à des spasmes et des torsions qui semblent émaner de contenus internes pulsionnels explosifs.
L’enfant et la nurse se confondent dans un personnage qui a pris soin dans les échanges de garder à la fois le sein maternel, le cri d’horreur de celle-ci, et la bouche vorace de l’enfant.
C’est à la fois le cri d’horreur de la mère dont on tue l’enfant et le cri de l’enfant dans le berceau.
La mère et l’enfant indifférenciés se rejoignent dans le même cri d’horreur dans ces deux tableaux. L’enfant et la nurse se confondent dans un même personnage monstrueux. C’est l’esprit de symétrie implacable de la mélancolie… la nurse et l’enfant se confondent pour le pire dans une même machine à souffrir.
10h00 : René ROUSSILLON
Emprise et déprise : à propos de
« Si par une nuit d'hiver un voyageur" d’ Italo Calvino
Discutant : Simone SAUSSE-KORFF
11h00 : Jean GILLIBERT - Lecture
« Parce que l’amour est un événement
et non un attribut du manque » Jean sans terre
12 h 30 : Pause déjeuner
14h00 : Alejandro ROJAS-URREGO
IL FAUT VOYAGER LOIN EN AIMANT SA MAISON
LA VERTIGINEUSE MARELLE DE JULIO CORTÁZAR
Discutant : Alberto EIGUER
“Nul ne peut raconter l’argument d’un texte de Cortázar », écrit Jorge Luis Borges. Le désordre apparent de son écriture n’est en fait qu’un ordre mystérieux et fragile. Nous pouvons lire Julio Cortázar comme on jouait autrefois (?) à la marelle, ce rite enfantin « du caillou et du saut à cloche-pied pour entrer dans le Ciel. » Ses personnages nagent –et se noient parfois- dans des fleuves métaphysiques. Ils traversent des ponts de lettres qui réunissent tendresse et sensualité, ennui et passion, horreur et beauté. Ils se perdent et se retrouvent et se perdent à nouveau. Nous découvrons, avec eux, ce qu’il y a d’insolite dans le quotidien. Et aussi le contraire. Inquiétante étrangeté. Du solitaire au solidaire. De la terre au ciel. Du centre de l’être aux extrêmes de l’être. Et vice versa.
15h00 : Emmanuelle SABOURET
La disjonction du Caravage
Discutant : Marthe COPPEL-BATSCH
Il est des hommes qui rappellent que le cours de l'histoire n'est ni lent ni régulier. Le Caravage (1571-1610) en fut par ses innovations si radicales qu'elles bouleversèrent le développement de la peinture occidentale. Querelleur, fauteur de troubles et condamné pour assassinat, Caravage ne cessa pourtant jamais de peindre qu'il fût sous la protection de grands mécènes ou en fuite pour échapper à la justice pontificale. Le contraste entre le saisissement pictural d'instants suspendus et son errance vitale jalonnée de passages à l'acte laisse penser qu'en dépit d'une ouvre considérable, son pouvoir créateur n'ait pu prendre le pas sur l'inflexion mortifère qu'il met en scène dès ses premiers tableaux. Son errance s'est accentuée à la fin de sa vie tandis qu'il se livrait encore, à l'abri de la toile, à de grandes compositions religieuses aux thématiques désespérées, en quête d'une absolution divine.
16h00 : Jacques HOCHMANN
Le délire de filiation du Comte Arthur de Gobineau
Discutant : Daniel HURVY
Auteur d'un célèbre Essai sur l'inégalité des races humaines, paru en 1857 et qui a beaucoup inspiré les théoriciens nazis, Gobineau se croyait le descendant direct d'un envahisseur viking, Ottar Jarl. Il a construit toute une fantasmagorie généalogique pour justifier cette croyance, dont on recherchera les échos dans le reste de son oeuvre ainsi que les racines dans son histoire personnelle. Il s'agit d'illustrer en même temps une certaine conception de l'application de la psychanalyse à l'étude d'un texte littéraire.
17h00 : Nathalie ZALTZMAN
Littérature concentrationnaire : un complément métapsychologique
Discutant : Régine WAINTRATER
A quelle ouverture, à quelle mutation à la fois la plus individuelle et la plus générale, de la conscience individuelle et de la conscience collective modifiées par l’histoire, initient la lettre de Robert Antelme à Dionys Mascolo et son article L’ange au sourire. La lettre est de juin 1945. Elle précède son œuvre L’espèce humaine. L’article a été publié en janvier 1994.
18h00 : Julia KRISTEVA - Lecture
« Je me voyage » : Meurtre à Byzance