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stephraffard
23/09/2007, 13h57
QPM, la main dans le sac (Pseudo- sciences.org)

par Jean-Paul Krivine

Depuis la parution de l’article du journal Le Monde (8 août 2007) vantant les mérites du QPM, les réactions se sont multipliées. L’AFIS y a largement contribué à travers l’analyse qu’elle a mise en ligne sur son site Internet (13 août 2007), et qui a été reprise sur de nombreux sites et blogs. Si nous relevions un manque certain d’esprit critique de la journaliste, nous soulignions surtout qu’une simple visite sur le site de l’entreprise QPM suffisait pour se rendre compte de l’absence totale de crédit scientifique de l’entreprise. La suite est éclairante…
Les créateurs de QPM ont lu l’analyse de l’AFIS

Sans jamais citer notre association ni notre site, Patrick Visier, président de QPM entend répondre aux arguments que nous avons développés (« Le mot du président » sur le site de QPM), tout en les attribuant à des « forums poubelles » ou des « forums exutoires ». Patrick Visier rappelle que nous vivons « dans un pays où prévaut la liberté d’expression ». Suivons-le volontiers dans cette logique là.
Les « fondements » disparaissent : rectificatif discret sur le site de QPM

L’internaute qui, suivant notre analyse, se reportera à la partie « Fondements » du site de QPM aura la surprise ne plus trouver aucune des références que nous mentionnions. C’est que, en effet, le site de QPM a été modifié, discrètement. Nous relevions, dans notre analyse ce que nous appelions « un mélange de charabia scientifique et d’affirmations sans fondement », citations extraites du site à l’appui. Tout a disparu. Il n’est plus question de centrioles, d’ions potassium ou sodium, de lumière laser de l’ADN, de système limbique… mais d’une très générale « carte bioélectrique de l’individu ». Notre analyse n’aura pas été complètement inutile… et les collaborateurs de l’entreprise QPM nous prouvent que la lecture des « forums exutoires » leur a servi à quelque chose. Ils confirment au passage que l’accusation de charabia scientifique n’était pas dénuée de fondement. Internet permet ces mises à jour discrètes, là où une publication scientifique oblige à laisser des traces. Le 1er septembre, Google gardait encore en cache l’ancienne version, que nous mettons ci-dessous à la disposition des internautes.

Patrick Visier accuse ses détracteurs d’une « méconnaissance évidente des principes biophysiques mis en jeu » et annonce que « QPM a décidé de créer sur [son] site WEB, un nouvel onglet intitulé “questions fréquentes” pour répondre sereinement à la plupart des interrogations techniques qui sont suscitées ». À ce jour, rien de créé encore. Nous attendons avec impatience les éclaircissements sur le rôle des réseaux de centrioles, sur la lumière laser de l’ADN, etc.
Témoignage et preuve scientifique

Pour le reste, aucun argument nouveau, simplement la réaffirmation de « l’évidente efficacité du QPM, telle que confirmée quotidiennement par de nombreux utilisateurs », et un discours très général sur une révolution scientifique et technique en cours autour des mesures électrophysiologiques, établissant un lien un peu rapide entre les mesures de stress ou de vigilance, et les profils psychologiques que le QPM est supposé établir. Le président de QPM nous reconnaît toutefois un argument recevable, celui de « l’effet Barnum ». Mais, pour lui, c’est un effet « empirique et non démontré » qui pèse peu face aux témoignages nombreux, et surtout, il nous fait le reproche de préférer les données scientifiques au vécu et à l’observation : selon lui, « l’Inquisition est à nos portes ».

Au passage, Patrick Visier prend la défense des journalistes qui ont encensé l’appareil en question par son entreprise, victimes selon lui de procès d’intentions. Les journalistes ont travaillé dans un esprit de « témoignage » plutôt que « dans un esprit purement scientifique » nous explique-t-il. La lecture de la chronique du journal Le Monde, qui a déclenché l’intérêt médiatique, porte pourtant bien des jugements sur la réalité des allégations à propos de QPM. Mais en quoi l’esprit de témoignage devrait-il abolir tout esprit critique du journaliste ? Par ailleurs, Patrick Visier n’a rien d’autre à fournir comme validation scientifique que les témoignages positifs d’utilisateurs qu’il rapporte lui-même. Mais, comme l’affirme le président de QPM, la « science (dure) » n’est évidemment pas la seule à permettre de « valoriser et de crédibiliser un jugement ». Témoignages, révélations, campagne de presse pourraient devenir un autre mode de preuve en science…
Le 4 septembre 2007
La page du site de QPM qui a disparu

(format réduit)

Voici, pour une meilleure lisibilité, le texte de cette page :

Le Procédé QPM® repose sur la mesure de la conductivité électrique de l’organisme.
Cette mesure électrique est réalisée par 6 électrodes au contact de la peau. Des micros courants (inférieurs à 1, 5 V sans aucun effet secondaire) sont envoyés de manière alternative sur ces 6 points actifs permettant d’enregistrer en retour 30 branches de l’organisme.
Par analyse croisée, l’ordinateur permet de localiser les zones de plus ou moins grande conductivité.
En quoi la mesure de la conductivité permet-elle d’avoir le profil psychologique et les capacités d’un individu ?

* La conductivité électrique de l’organisme est le reflet des échanges Na+ et K+ au niveau de la membrane cellulaire. Ces échanges provoquent une différence de potentiel au niveau de cette membrane qui physiologiquement est 60 mV.
* La cellule comprend également un réseau de microtubules, les centrioles, qui relient les cellules entre elles qui s’appellent les centrioles et qui laissent passer qu’un électron à la fois, donnant ainsi une communication électrique entre les cellules puisque les électrons sont des particules chargées.
* Le noyau de la cellule est constitué d’ADN émet une lumière cohérente type laser et envoie des informations électromagnétiques.

Par ces 3 éléments, les cellules de l’organisme communiquent entre elles afin de donner l’information au cerveau au sujet de son fonctionnement et de ses besoins.

C’est le système limbique qui en permanence vérifie l’information du langage intercellulaire. Ce dernier s’exprime sous la forme d’une fréquence propre à chaque organisme, et qui donne les informations au cerveau droit qui communique avec le cerveau gauche afin de libérer les substances chimiques nécessaires au bon fonctionnement de l’organisme :

* Neuromédiateurs (sérotonine, adrénaline....)
* Hormones......

Ces substances chimiques vont réguler l’organisme afin qu’il se maintienne en équilibre physiologique. Cet équilibre s’appelle l’homéostasie.

Ainsi la mesure de la conductivité électrique permet d’avoir une analyse des échanges cellulaires au niveau de l’ensemble de l’organisme qui sont sous la dépendance des neuromédiateurs et hormones libérées par le cerveau.
Le psychisme et les capacités d’une personne sont sous la dépendance du cerveau et donc des échanges cellulaires et de la conductivité électrique.
Fondements de l’interprétation

* Corrélation des mesures avec les travaux des neurosciences (analogie existant entre la somatotopie des fonctions cérébrales et le corps)
* Corrélation de nos mesures avec différents tests déclaratifs
* Corrélation des résultats des dérivations avec la médecine (dosage sanguin des neuromédiateurs)
* Etablissement d’une relation directe entre la bio résistivité, le PH sanguin•(extra et intra cellulaire) et le stress

— Acidose = stress oxydatif extracellulaire – réaction humorale – excitation physique et psychologique, équilibre, dérégulation, réaction, perte d’homéostasie

— Alcalose : si durée de l’inflammation, épuisement de l’organisme, perte d’homéostasie, stress oxydatif intracellulaire, passage de l’état d’acidose à l’état d’alcalose, perte de la régulation...
* Adéquation des connaissances de différentes médecines orientales traditionnelles entre les fonctions psychiques et ce qui est mesuré par QPM®.
* Les 4 voies de régulation

— Système nerveux central

— Calcul des méridiens d’acupuncture

— Recalcul de la valeur des centres de régulation électronique du corps (pôle d’émission et de réception électromagnétique)

— Les territoires du corps (zones de projection cutanée des viscères mais aussi des fonctions psycho archétypielles cérébrales sur le corps)

GillesRiou
24/09/2007, 16h36
J'ai contacté l'un des psychologues qui a travaillé autour du QPM.

En creusant un peu, il semblerait que cette méthode fonctionne sur la base de corrélations entre des mesures d'ondes cérébrales et de potentiels électriques et des réponses à un ensemble de questions, et -selon le témoignage- les résultats pratiques seraient probants, sans toutefois avoir fait l'objet d'une analyse rigoureuse.

On n'est pas très loin des principes de la machine à détecter les mensonges.
On n'est pas très loin non plus de bien des recherches en psychologie (cognitive, neurocog.) qui valident leurs résultats par des corrélations avec les mesures d'ondes cérébrales des sujets.
Le postulat en lui-même n'est pas dénué de sens. Il est simplement à "valider" scientifiquement, c'est à dire par une réplication expérimentale du protocole sur lequel on s'est basé pour obtenir les premiers résultats.

On pourra dire alors si c'est fantaisiste/charlataniste ou sérieux, et la présence ou pas d'un effet Barnum (pas impossible).



Ce qui est en revanche dénué de sens, et problématique, c'est bien le discours qui enrobe et présente "l'outil QPM". Jean Paul Krivine l'a déjà bien pointé.
Cela sent bon la scientologie... qui d'ailleurs utilise des "machines" relativement similaires.

Dès lors que la présentation des "fondements" apparait erronée, voire carrément mensongère, on se demande évidemment quelle est la finalité de l'entreprise. Au mieux une arnaque, au pire l'antichambre d'une secte?
Et de s'interroger singulièrement (très!) en constatant que des psychologues sont présents dans la liste des "praticiens du QPM".


Je me suis donc interrogé sur les causes qui aboutissent à cet enrobage pseudo-scientifique de la part de M. Visier pour présenter son QPM.
Pourquoi ne pas être allé chercher des références moins délirantes? Et pourquoi n'avoir pas cité de références des travaux qui ont été réalisés, aussi légers leurs protocoles fussent-ils? Voici une hypothèse qui n'est pas exactement celles du charlatanisme:
On a un outil, on pense/on sait qu'il marche, sans vraiment comprendre comment (pas de baggage scientifique). Tant pis, on n'a qu'à inventer une sauce pour l'assaisonner et le présenter, dans l'optique de séduire des clients avec un discours qui pour le profane sera complètement ésotérique (et pour cause!!).
La réthorique et les modifications du site par M. Visier face aux attaques dont il a été l'objet, semblent indiquer cela. Et, comme il y a une forte exposition médiatique actuelle de QPM, il n'est pas possible de faire amende honorable, ce serait perdre la face que d'avouer cela, et la perdre en ce moment, c'est fermer la boutique.

Au delà de cette hypothétique raison (les autres hypothèses ne pourraient être que plus graves), on ne peut quoi qu'il en soit que regretter objectivement un sérieux manque de conscience professionnelle de la part de QPM.
C'est encore plus gênant pour nous (les psychologues) quand d'autres psychologues sont associés à de telles présentations, probablement sans avoir su et lu les "fondements" délirants qui étaient à l'origine présents sur le site... à deux clics de leurs coordonnées.
Pour le coup, ce sont des corrélations qui peuvent faire mal.


Il faudra au final attendre la publication d'études sur le sujet, avec réplications à l'appui pour être en mesure de juger. Les psychologues que j'ai contacté m'ont indiqué que de telles études étaient en cours ou sur le point de démarrer dans des conditions sérieuses (certains chercheurs universitaires se pencheraient sur la question).
Certains pourront nous en dire plus?

Pour conclure, il me semble que cet épisode a le mérite de démontrer de façon un peu brutale mais très nette la nécessité pour tous les étudiants en psychologie d'une formation à la recherche non seulement solide, mais en plus sine quae none de l'obtention du titre de psychologue.
Ne serait-ce que pour pouvoir rendre compte de sa pratique clinique.