Tucson
28/12/2007, 10h58
Cet article concerne une conception deleuzienne de la "rupture" en relation avec la théorie des lignes de fuite qui tournent en lignes d'abolition de destruction et de mort...
Comment se fait-il qu'une personne "craque" subitement alors, qu'apparemment tout va bien ?
Je présente une conception deleuzienne qui, par son originalité, me semble intéressante. Deleuze, et avec lui Guattari (psychanalyste), utilise un modèle qu'il définit comme étant en relation avec « l'évènement de rupture ».
Il se réfère à des auteurs tels que Francis Scott Fitzgerald. A partir de la "nouvelle", on pose la question de savoir ce "qu’il s'est passé pour qu'on en soit arrivé là" ? C'est notre thème de "la personne qui craque".
En effet, Francis Scott Fitzgerald dans "La Fêlure" définit trois sortes d'évènements : 'les grandes cassures', 'les petites fêlures' et enfin 'les vraies ruptures'. Les grandes cassures correspondent à des évènements bien marqués (jeune/vieux, riche/pauvre, travail/chômage). J'étais jeune, je m'aperçois que je ne le suis plus. Deleuze s'inspire de ces grandes cassures pour définir, ce qu'il appelle les « lignes de segmentarité molaire ». Ce sont des lignes à segments très orientées par le temps. Par exemple, les heures de bureau, le repas de midi, le soir à la maison sont chacun des segments de la journée sur une ligne bien marquée par le temps.
Les petites fêlures apparaissent sur une autre ligne, bien plus moléculaire (plus fine). On ne s'aperçoit de rien sur cette ligne. On vieillit sur cette ligne moléculaire, mais on ne s'en aperçoit que sur la ligne molaire des grandes cassures. Ainsi, à l'issue d'une multitude de petites fêlures apparaît un évènement qui pourrait correspondre à une grande cassure. Cette seconde ligne sera alors considérée comme une ligne de segmentation moléculaire. Beaucoup plus subtile : par exemple, la manière dont les homme adoptent des attitudes de femmes ou, à l'inverse, la façon dont les femmes sont des hommes. Les limites deviennent plus floues. Ainsi, à l'issue d'une multitude de petites fêlures, un seuil peut être atteint et dépassé. Il se produira, alors une cassure. Un peu comme une assiette qui ne se brisera qu'à partir du moment où l'ensemble des fêlures a dépassé un seuil.
La troisième sorte de ligne définie par Deleuze, à partir de Fitzgerald, sont les vraies ruptures. Il s'agit, dans ce modèle deleuzien des « lignes de fuite » des « lignes de création vitale ». Nous créons dans la panique. Ces lignes ne préexistent pas au trajet que l'on suit. Elles se situent sur un « plan d'immanence », en opposition avec un plan d'organisation qui serait prédéterminé. La beauté des lignes de fuite vient justement de ce plan d'immanence où rien ne préexiste. Il existe, toutefois, un danger redoutable dans ces lignes de fuite qui est, qu'à tout moment, elles peuvent tourner en « lignes de destruction » pour soi-même et les autres dans une sorte de "trou noir" pour reprendre l'expression de Deleuze. Ainsi "une personne craque" à partir du moment où sa ligne de fuite tourne en ligne de destruction. Deleuze prend l'exemple du fascisme, où là ce n'est plus la ligne de fuite d'une personne qui plonge dans un trou noir de destruction, mais celle d'un groupe ou d'un état. Il existe ainsi des micro-fascismes familiaux ou dans le travail. Qui n'a-t-il pas rencontrer un supérieur tyrannique ?
La notion de dégradation vient compléter celle du « sujet qui craque ». Deleuze distingue la « dégradation réaliste », la « dégradation impressionniste » et la « dégradation à l’américaine ». Dans ce dernier cas, il s’agit d’un sujet qui n’arrive plus à faire face aux variations du monde extérieur. A force de "micro-fêlures", il ne trouve plus les « habitus » qui lui permettent de s’adapter aux changements de la situation. Le sujet craque, alors, et ne trouve plus les réponses adaptatives. L’exemple de l’alcoolique qui s’humilie pour son verre de whisky. « Donnez moi un os et je vous lécherais la main » (Fitzgerald) Dans la dégradation à l’américaine, la personne capitule au point d’accepter ce qui nous paraît être une humiliation. "Laissez moi survivre, c’est tout ce que je demande", voilà le symbole de cette dégradation à l'américaine. Le sujet a craqué dans le sens où il a perdu les habitus.
Comment se fait-il qu'une personne "craque" subitement alors, qu'apparemment tout va bien ?
Je présente une conception deleuzienne qui, par son originalité, me semble intéressante. Deleuze, et avec lui Guattari (psychanalyste), utilise un modèle qu'il définit comme étant en relation avec « l'évènement de rupture ».
Il se réfère à des auteurs tels que Francis Scott Fitzgerald. A partir de la "nouvelle", on pose la question de savoir ce "qu’il s'est passé pour qu'on en soit arrivé là" ? C'est notre thème de "la personne qui craque".
En effet, Francis Scott Fitzgerald dans "La Fêlure" définit trois sortes d'évènements : 'les grandes cassures', 'les petites fêlures' et enfin 'les vraies ruptures'. Les grandes cassures correspondent à des évènements bien marqués (jeune/vieux, riche/pauvre, travail/chômage). J'étais jeune, je m'aperçois que je ne le suis plus. Deleuze s'inspire de ces grandes cassures pour définir, ce qu'il appelle les « lignes de segmentarité molaire ». Ce sont des lignes à segments très orientées par le temps. Par exemple, les heures de bureau, le repas de midi, le soir à la maison sont chacun des segments de la journée sur une ligne bien marquée par le temps.
Les petites fêlures apparaissent sur une autre ligne, bien plus moléculaire (plus fine). On ne s'aperçoit de rien sur cette ligne. On vieillit sur cette ligne moléculaire, mais on ne s'en aperçoit que sur la ligne molaire des grandes cassures. Ainsi, à l'issue d'une multitude de petites fêlures apparaît un évènement qui pourrait correspondre à une grande cassure. Cette seconde ligne sera alors considérée comme une ligne de segmentation moléculaire. Beaucoup plus subtile : par exemple, la manière dont les homme adoptent des attitudes de femmes ou, à l'inverse, la façon dont les femmes sont des hommes. Les limites deviennent plus floues. Ainsi, à l'issue d'une multitude de petites fêlures, un seuil peut être atteint et dépassé. Il se produira, alors une cassure. Un peu comme une assiette qui ne se brisera qu'à partir du moment où l'ensemble des fêlures a dépassé un seuil.
La troisième sorte de ligne définie par Deleuze, à partir de Fitzgerald, sont les vraies ruptures. Il s'agit, dans ce modèle deleuzien des « lignes de fuite » des « lignes de création vitale ». Nous créons dans la panique. Ces lignes ne préexistent pas au trajet que l'on suit. Elles se situent sur un « plan d'immanence », en opposition avec un plan d'organisation qui serait prédéterminé. La beauté des lignes de fuite vient justement de ce plan d'immanence où rien ne préexiste. Il existe, toutefois, un danger redoutable dans ces lignes de fuite qui est, qu'à tout moment, elles peuvent tourner en « lignes de destruction » pour soi-même et les autres dans une sorte de "trou noir" pour reprendre l'expression de Deleuze. Ainsi "une personne craque" à partir du moment où sa ligne de fuite tourne en ligne de destruction. Deleuze prend l'exemple du fascisme, où là ce n'est plus la ligne de fuite d'une personne qui plonge dans un trou noir de destruction, mais celle d'un groupe ou d'un état. Il existe ainsi des micro-fascismes familiaux ou dans le travail. Qui n'a-t-il pas rencontrer un supérieur tyrannique ?
La notion de dégradation vient compléter celle du « sujet qui craque ». Deleuze distingue la « dégradation réaliste », la « dégradation impressionniste » et la « dégradation à l’américaine ». Dans ce dernier cas, il s’agit d’un sujet qui n’arrive plus à faire face aux variations du monde extérieur. A force de "micro-fêlures", il ne trouve plus les « habitus » qui lui permettent de s’adapter aux changements de la situation. Le sujet craque, alors, et ne trouve plus les réponses adaptatives. L’exemple de l’alcoolique qui s’humilie pour son verre de whisky. « Donnez moi un os et je vous lécherais la main » (Fitzgerald) Dans la dégradation à l’américaine, la personne capitule au point d’accepter ce qui nous paraît être une humiliation. "Laissez moi survivre, c’est tout ce que je demande", voilà le symbole de cette dégradation à l'américaine. Le sujet a craqué dans le sens où il a perdu les habitus.