Afficher la version complète : Antidépresseurs et études non publiées
stephraffard
23/01/2008, 21h57
Selective Publication of Antidepressant
Trials and Its Influence on Apparent Efficacy : New England Journal of Medicine
Un article à lire absolument (je pense) que la non publication des essais thérapeutiques négatifs dans las antidépresseurs.
Source Afforthecc :
http://www.afforthecc.org/fileadmin/images/Patrick/2-patrick/Turner_selective_ADM.pdf
Erf ..qui s'occupe de la traduction? :-D
stephraffard
24/01/2008, 01h03
Je peux me charger de faire un résumé simplifié.
Bonne idée.
« Le pouvoir des antidépresseurs remis en cause »
Le Figaro
Catherine Petitnicolas note dans Le Figaro que « l'efficacité des nouveaux antidépresseurs mis sur le marché depuis le milieu des années 1980, avec pour chef de file la fluoxétine (alias Prozac ®), est mise en doute par des experts américains de la FDA ».
La journaliste indique en effet qu’« une étude du New England Journal of Medicine démontre que des publications ont exagéré l'efficacité de ces médicaments parés de toutes les vertus par les laboratoires, les médecins et même les malades ».
Catherine Petitnicolas livre les résultats « révélateurs » de cette étude, menée par le Dr Erick Turner, psychiatre et pharmacologue (université de l'Oregon, Etats-Unis), sur « 12 nouveaux antidépresseurs très largement prescrits entre 1981 et 2004 ».
La journaliste observe que « 94 % des médicaments testés avaient des effets positifs. Mais, pour la FDA, juge beaucoup plus sourcilleux, seule la moitié des études soumises à sa sagacité était dans ce cas ».
« Dans l'autre moitié, les médicaments n'avaient pas l'effet escompté. De surcroît, si toutes les études positives, sauf une, ont donné lieu à publication dans la littérature scientifique, celles qui étaient négatives (33 sur 36 ayant enrôlé 5 212 patients) sont restées dans les tiroirs de la FDA. Ou, pis, elles ont été «maquillées» pour leur donner un aspect positif, contraire au verdict de la FDA », poursuit Catherine Petitnicolas.
La journaliste cite le Dr Turner, qui remarque que « des publications sélectives peuvent conduire les médecins et les patients à croire que ces médicaments sont plus efficaces qu'ils ne le sont vraiment, un résultat susceptible d'influencer les prescriptions ».
Le spécialiste ajoute : « Nous ne savons pas si ces erreurs d'interprétation résultent d'une faute des auteurs ou des sponsors qui ont soumis leur manuscrit, ou d'une décision des éditeurs de ne pas publier certaines études, voire de ces deux parties. Mais une chose est sûre, les médecins prescripteurs et les personnes traitées, les premières concernées, devraient avoir accès à des expertises complètes et non maquillées ».
Catherine Petitnicolas relève que « cette étude apporte de nouveaux arguments aux experts qui dénoncent la dérive du marché des psychotropes, incriminant la logique marchande des firmes ».
stephraffard
24/01/2008, 14h11
Super merci Kalisto
Pour les détails scientifiques de l'étude se rapporter à l'article. Juste pour préciser que le New England est un des plus grands journeaux au monde en terme de facteur impact.
Ce qui ne veut pas dire que les traitements antidep sont inefficaces, attention, mais il y a un biais non pas dans les études publiées (quoique les erreurs stats sont légions apparemment)mais du fait qu'on ne publiait pas les résultats négatifs.
Ce qui est une honte évidemment quel que soit le domaine (psycho, bio, physique, médecine ...).
sans compter les études montrant l'efficacité égale et même supérieure (dans le temps) de certaines psychotherapies dans la prise en charge de la dépression versus médicament pour les épisodes légers et moyens.
D'où l'interet de relancer la recherche en France avec des financements privés ET publics.
Il est clair que bon nombres de psychotropes ne fonctionnent pas et/ou ont des effets secondaires tels qu'ils sont néfastes... Ce qui est encore plus étonnant, c'est que les psychiatres pharmacologistes s'obstinent à les prescrire suivant les règles du DSM et des laboratoires alors que, de toute évidence, l'efficacité des psychotropes ne dépend, ni des pathologies, ni des classifications... Mais le conglomérat psychiatrie-pharmacie ne démordera jamais de sa ligne car de véritables études psychologiques remetraient complètement en cause le modèle biopsychosociale des pathologies...
D'ailleurs, tout le milieu psychiatrique sait exactement ce qu'il se passe mais personne n'a les moyens intellectuels de rivaliser contre les études faisandés des pharmacies... On ne peut pas contredire les mythomanes... Chacun attend de savoir qui dit la vérité... Comme si, dans les bureaux des psychiatres et des psychologues, la vérité ne se disait pas...
Les études scientifiques ne font que rendre un médicament statistiquement opérationnel sur des catégories de malades que personne ne peut justifier, autrement que par des comportements statistiques qui regroupent des malades très différents entre eux... C'est pour cette raison que la recherche psychiatrique est de plus en plus biologisante... Ils cherchent des virus, des gênes, des dysfonctionnements neurologiques pour pouvoir justifier leurs catégories...
« de toute évidence, l'efficacité des psychotropes ne dépend, ni des pathologies, ni des classifications… » Votre découverte de l’évidence tient-elle de la croyance ou d’une étude scientifique ?
« Chacun attend de savoir qui dit la vérité... Comme si, dans les bureaux des psychiatres et des psychologues, la vérité ne se disait pas... »
Ce qui fait avancer la recherche d’une vérité tient probablement plus à l’indispensable critique et au doute qui l’accompagne qu’à la découverte d’hypothétiques certitudes. Ce que l’on sait un jour est rarement valable longtemps…
Le principe de l’étude scientifique implique de ne pas confondre vérité clinique et vérité statistique. Il y a des études avec des erreurs méthodologiques graves et des résultats justes et à l’opposé des études de bonne qualité méthodologique avec des résultats incertains ou négatifs. Au milieu nombres des études sont de qualités souvent plutôt moyennes (les études sont toujours difficiles à réaliser ). Un fait les résultats négatifs sont très rarement publié.
Le New England Journal of Medicine vient de montrer que l’on pouvait critiquer les antidépresseurs ! Ouf !! La première partie de votre argumentaire sur les effets néfastes implique donc que les psychologues s’intéressent aussi aux effets néfastes de leurs interventions et les publient. Cela ne devrait plus relever du tabou.
:-)
Merci Stephraffard.
Snoopy, j'adhére tout à fait à vos propos, et à votre conclusion.
Le souci vient du fait que les psychologues ont souvent une faible connaissance des méthodologies de recherche et de la démarche de l'étude scientifique. Comme vous le dîtes, la démarche scientifique implique que l'on accepte de remettre en cause potentiellement beaucoup de ce que nous avons déjà accepté comme des vérités révélées... ce qui n'est pas trés facile pour les cliniciens qui sont déjà malmenés par la variété et la richesse du "terrain" clinique, et qui s'accrochent à quelques grands principes suffisemment flous pour pouvoir s'incarner dans les méandres de la clinique. Mais on y arrive tout doucement !!
Ce que j'apprécie dans ce type de démarche, qu'elle permet la critique : je veux dire la critique au sens où elle différe de la "condamnation" (je penses aux propos de TL), c'est à dire qu'elle apporte une information nouvelle, une limite ou une correction à des hypothèses précédentes (sans tout barrer d'un trait).
Effectivement, il est de notoriété que beaucoup d'études négatives ne sont pas publiées. Je sais qu'une directrice de recherche de Paris-X souhaitait publier une revue qui mette en page aussi bien les recherches vérifiant les hypothèses initiales des étudiants chercheurs que celles ne les vérifiant pas : pour la bonne raison qu'il aussi riche de chercher pourquoi une hypothèse n'est pas vérifiée (ce qui signifie pas qu'elle est "fausse" dans l'absolue) que d'observer sa confirmation provisoire. Je ne sais pas si elle y est parvenue...
Cordialement,
Brigitte Guinot
25/01/2008, 00h19
Je me permets de rappeler l'excellent livre de Guy Hugnet publié en 2004: "antidépresseurs, la grande intoxication".
Il est fondamental d'avoir conscience du cadre de l'AMM (Autorisation de Mise sur le Marché), que ce soit en France ou ailleurs. Un médicament peut obtenir l'AMM s'il est démontré qu'il est plus efficace qu'un placebo un nombre X de fois dans des études (publiées pour celles-ci) même s'il l'est moins globalement d'un point de vue statistique(entre les études publiées et les autres dirons nous). Cela est valable pour les antidépresseurs, les psychotropes en général et le reste ...
Enfin je rappellerai qu'en ce qui concerne la prise en charge des dépressions toutes les études convergent vers le fait que l'efficacité la plus importante concerne l'association antidépresseur et psychothérapie. Il faut garder à l'esprit la volonté du patient de guérir ou de rester malade et des bénéfices secondaires associés, tant vis à vis des médicaments que du thérapeute. A lire ou relire "la guérison par l'esprit" de S zweig. L'efficacité d'un médicament tout comme des thérapies est aussi affaire de suggestions...et ce tant au niveau patient/thérapeute/prescripteur qu'au niveau labo/prescripteur voire école de pensée/thérapeute. Il faut savoir de détacher le plus honnêtement possible de ce qui nous formate et prendre le recul nécessaire. A bon entendeur, salut.
HP
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