Afficher la version complète : L'armée et la psychologie
Sophiemetisse
21/02/2008, 18h14
Il y a actuellement un recrutement massif dans l'armée de l'air. Après consultation du profil de poste, je découvre que l'on doit passer des épreuves de sport et d'anglais pour espérer être retenu. De plus le pyschologue, considéré comme un officier, est tenu de porter uniforme et de retirer tout signe de féminité pour les femmes (bijoux,piercings,etc).
Je suis une psychologue avec des piercings au visage. J'estime que le psy doit pouvoir maintenir sa personnalité, rester lui-même dans le cadre de sa profession. Pensez-vous que le psy doit accepter d'exercer dans ce type de secteur qu'est l'armée? Doit-il rentrer dans le conformisme qui y est imposé? J'attends vos conseils rapidement car j'hésite vraiment à postuler....
Sophiemetisse
22/02/2008, 14h20
Bonjour,
Merci pour cette longue réponse. En effet il n'y a pas que dans l'armée que l'uniforme est imposé. Maintenant pour avoir travaillé dans la restauration, je n'ai jamais été épanouie dans la tenue réglementaire. Ensuite j'avoue avoir poursuivi dans la psychologie aussi car j'avais dans l'idée d'une certaine liberté de mouvements. Pour avoir effectué des stages à l'hôpital et dans les associations, je suis toujours restée moi même. J'ai des piercings au visage (arcade et carrément un anneau dans le nez!). J'estime être aussi devenue psy pour être à l'écoute, et mon "style" n'a jamais empêché les sujets de vouloir être écoutés et suivis. De plus je n'ai jamais porté de blouses. On ne m'a jamais rien imposé. On est certes dans le domaine de la santé mais nous ne sommes pas médecin, ni infirmière.
J'y ai réfléchis hier soir et je ne me sens absolument pas une fibre militaire. C'est dommage car je pense que pas mal de postes sont à pourvoir... Cependant j'ai besoin d'être épanouie dans ma profession et même si mon chômage me pèse je ne pense pas qu'il faille postuler dans un secteur trop opposé à ce que je souhaitais faire, ni à ce que je suis.
Merci encore Jack_addi pour cette réponse. Bonne continuation à vous.
chercheur70
23/02/2008, 19h27
bonjour Sophiemetisse,
Juste pour renforcer la réponse de Jack : Je crois que quelqu'un de jeune diplômé ne doit pas trop se poser de question face à des postes proposés de psychologue !!! L'armée ne propose pas de vous embaucher autrement que comme psychologue, c'est pas un poste fourre-tout comme parfois...Donc, je trouve votre scepticisme un peu inadéquat...Par ailleurs, jeune diplômée, j'imagine, réfléchissez à ceci : Ayant une expérience assez importante du monde du travail, j'ai pu ressentir plusieurs contextes professionnels. J'évolue actuellement dans un contexte associatif et ma place est déjà donnée puisque cadre de santé dans la convention dans laquelle je travaille. Maintenant imaginez-vous décrochant un poste à l'hôpital (comme 75% des postes proposés à l'heure actuelle) pleine d'espoir, gagnant le magnifique au mieux de environ 1200€ pour des journées de dingue, vous vous sentiriez libre comme l'air bien sûr car pas à l'armée...Sauf que : comme jeune diplômée, si c'est votre premier poste, vous serez toute heureuse et vous remercierez presque la direction de vous avoir engagée, et vous serez...SOUS L'AUTORITE DU MEDECIN...tels que l'organigramme le prévoit, le médecin prescrit, le psycho obéit, ça ne vous rappelle rien ??? Elle est où la fameuse liberté ??? Bien sûr, si vous êtes un psy avec un peu d'expérience, vous saurez refuser cela et faire valoir votre indépendance mais c'est tellement dur si vous tombez sur des médecins aimant être le supérieur hiérarchique du psy...Alors l'armée, comme disait Jack, c'est pas plus clair d'emblée ??? De plus, et là je m'adresse à Jack, est-ce qu'il y a un supérieur hiérarchique opérationnel du psy ???
Réfléchissez Sophiemetisse, les occasions sont rares et il faut être réactive.
Cordialement
Jack_Addi a écrit :
c'est avant tout un(e) militaire qu'on recrute, le fait qu'il soit spécialisé en psychologie (car on attendra de lui un boulot de psy) ne vient qu'après dans l'ordre des préoccupations de l'institution.
Effectivement.
Et depuis Freud et son "Psychologie des foules et analyse du moi", on connait la caractéristique essentielle de cette préoccupation (et donc attendue de tout candidat), et qui fait tenir l'ensemble de cette "foule conventionnelle" que constitue l'armée : l'amour du chef (dans tous les sens : aimer son chef, et être aimé de lui).
Paul
Je n'osais pas me lancer sur cette voie mais puisque Paul l'a ouverte... Le piercing peut faire office de nom du père et "objective" une certaine foule conventionnelle. Autrement dit, c'est la castration qui fait passer du piercing à l'armée... A voir donc... déconseillé aux phobiques mais conseillé aux soeurs marie thérèse (sans piercing ni tatouage)...
Je vais quand même défendre quelques idées, Jack, même si je suis d'accord avec vous sur bien des points.
D'abord, à la différence de l'armée ou de l'église qui constituent des groupes, les autres systèmes ont des fonctionnements différents. Si Freud a pris, à mon avis, l'armée ou l'église en exemple, c'est parce qu'à l'époque, c'était des groupes forts et bien constitués, très hiérarchisés et respectés. Ca étonnait sans doute Freud de savoir que "l'amour de Dieu" ou "l'amour du chef" puisse avoir un impact aussi fort sur les esprits. En fait, ce sont des sentiments inconscients qui constituent ces groupes, c'est ce qui fait que ceci ne peut passer pour de la manipulation... On ne peut pas en dire de même sur le sentiment que vous procure le "renouvellement d'un contrat de travail"... Là, on est beaucoup plus proche de la manipulation et, qui dit manipulation, dit aussi dysfonctionnements dans les groupes, avec tous ces effets pervers, de clivage, d'idéalisation et d'agressivité, voire, de stupidité.
Sur la castration. Lacan a découvert que ce n'était pas "l'inconscient" qui constituait le sentiment amoureux mais "un trou" voilé par un discours. C'est cette notion de trou que je reprenais en engageant la question du piercing. Le piercing introduit aussi un trou, mais d'un autre ordre, puisque celui-ci n'est pas voilé par un discours. Il faut donc passer d'un trou non voilé à un trou voilé. C'est à dire qu'il faut passer d'un système pervers à un système qui ne l'est pas. La castration est dans ce passage.
Tout doux, tout doux, TL. L'essentiel des gens piercés ou tatoués n'est pas pervers. Ce serait croire à ce discours post-moderne qui veut considérer le sujet d'aujourd'hui comme libéré dans son rapport à la jouissance (cf "L'homme sans gravité", de Melman), sous le prétexte d'un déclin du Père (qu'on décrie siècle après siècles). Le père, ce n'est pas seulement cela, un grand méchant castrateur. Rappelons que Freud nous fait sortir de cette conception tragique d'une culpabilité collective au regard du Père assassiné (Totem et Tabou) en postulant une autre fonction paternelle par l'Idéal ; c'est ce que psychologie des foules et analyse du moi nous enseigne : les sujets transfèrent leur idéal sur un objet, et de ce fait, ils s'identifient les uns les autres.
De ce fait majeur, s'il est un fait que l'Eglise tout particulièrement est un bon exemple de foule, on ne peut pas la considérer comme un cas particulier ou désuet : toute institution ne se vit que par son idéal. Elle ne parle que de cela (ce qui explique une forme d'absentéisme typiquement névrotique du sujet qui ne peut s'autoriser à jouir par l'institution). C'est un peu, dans le privé, ce qu'on appellerait la "culture d'entreprise".
En résumé : 1)une institution, qu'elle quelle soit, même en crise, n'est pas exsangue d'idéal. C'est son carburant.
2)Le piercing, s'il est un "trou non voilé", n'en reste pas moins un trou. Cette pratique serait donc moins la première étape d'un passage d'une perversion à la névrose qu'un style de négociation avec le père, même si dans le réel. C'est un peu comme brûler des voitures.
Ceci étant, Sophiemetisse, un peu de la neutralité d'un écran blanc peut ne pas faire de mal dans une relation clinique de type analytique. Ce qui ne veut pas dire "perdre quelque chose"...
Bien à vous,
Geoffroy
flocrane
29/02/2008, 12h36
Bonjour.
J'ai moi même répondu à l'offre de l'armée de terre et je dois rendre mon dossier pour lundi...
Je n'avais pas alors conscience du côté si "restrictif" du poste et donc de la fonction...
J'avoue, désormais, hésiter à donner ou non mon dossier...
Je suis dîplomée depuis deux ans et demi, j'exerce dans plusieurs endroits, ce qui au final me fait une activité de 15hs seulement avec des statuts plus ou moins précaires: C.D.I,C.D.D vacations...
Je pense de plus en plus à l'activité en libéral je commence à rencontrer des collègues à ce propos pour rejoindre un cabinet pluridisciplianire...
Tout cela, me fais d'autant plus m'interroger, sur la voie vers laquelle je vais m'engager...
Pour Répondre à Geoffroy qui me dit "tout doux, tout doux", comme si j'étais son nounours, j'ai l'imptression que vous confondez l'objet et l'objet dans la relation d'objet...
On peut avoir lu toute la littérature analytique, si on ne fait pas cette distinction, tout est à refaire...
Excusez-moi, TL, je vous assure que pas une seconde je ne vous ai considéré comme mon nounours. Il reste que votre propos au regard du piercing me paraissait ambigü, je me suis peut-être trompé. Cela semble vous avoir irrité et je préfère m'en excuser plutôt que de faire de la polémique, qui fait immanquablement perdre du temps sur l'étude de l'objet.
Par ailleurs, pour suivre vos conseils, je reprendrai à zéro mes lectures analytiques lorsque j'en viendrai à croire que Monsieur Sarkozy incarne une nouvelle structure psychique...
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