Titre de psychothérapeute : attention à la confusion des genres
(article à paraître dans le numéro 55 de Fédérer)
En l’attente de positions concertées avec les organisations de psychologues, mais en réponse à de nombreuses sollicitations, demandes d’information et manifestations d’inquiétudes de psychologues générées par la publication d’un décret confus, il nous est apparu important de souligner les éléments suivants.
Le décret protège l’usage du titre de psychothérapeute, il n’en protège pas l’exercice. Les psychologues peuvent donc continuer à pratiquer la psychothérapie dans le cadre de leur profession, sous réserve qu’ils n’utilisent pas le terme de « psychothérapeute » pour désigner leur activité. Cette fonction est attestée et reconnue, par un ensemble de dispositions statutaires ou fonctionnelles dont quelques unes sont rappelées ci-dessous ( lire la suite de l'article: annexe).
Les réactions de protestation dans notre communauté professionnelle sont salutaires. Aussi, nous nous y associons et nous contribuons à les relayer. Mais elles ne sont pour nous qu’un premier niveau d’action et ne mettent en exergue qu’une des facettes des implications de ce décret portant sur la non reconnaissance des compétences des psychologues. Il est nécessaire en effet de rappeler également que le décret donne la possibilité à des praticiens non formés à la psychothérapie de faire usage du titre de « psychothérapeute ». Les instances de formation (université, organismes de formation) doivent donc être très attentives au paradoxe qu’il y aurait, pour des raisons de conjoncture ou d’opportunité, à s’engager dans la mise sur pied de formations à la délivrance d’un titre de psychothérapeute dans la mesure où cette démarche exprimerait la mise en acte du décalage entre la formation (exigée par la loi pour l’accès au titre de psychothérapeute) et les compétences nécessaires rappelées par le code de déontologie des psychologues (annexe).
A encourager trop rapidement et de façon systématisée l’obtention du titre de psychothérapeute pour les psychologues fragilisés par ce décret, le risque est grand de cautionner non pas tant l’émergence d’un métier nouveau que d’une fonction nouvelle qui aura les apparences d’une reconnaissance, mais qui n’en n’aura ni les avantages ni les garanties statutaires. Et qui entrainera de facto une déqualification des psychologues par un éclatement des composantes identitaires de la profession et de la formation.
L’inquiétude légitime des psychologues sera prise en compte par la FFPP dans les choix qu’elle aura à poser, mais elle ne peut, au nom de la défense des psychologues, accélérer un processus qui les déqualifie dans ses effets opératoires et dans ses exigences éthiques. Ne créons pas notre propre malheur. D’autres voies sont à mettre en chantier. Y sommes-nous prêts ?
Brigitte Guinot et Benoît Schneider coprésidents
pour le bureau fédéral de la FFPP
Philippe Grosbois, chargé de mission psychothérapie de la FFPP
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