La psychologie du jeu à Blackjack Ballroom

Les soldes et les responsabilités

Jour de janvier, sec et froid, Sisi arpente les magasins surchauffés à la recherche de l’éternel objet du désir : LA paire de chaussures de sa vie, qui peut parfois prendre des formes différentes, comme LE manteau parfait ou LE sac le plus beau du monde. Sisi négocie avec la culpabilité de citoyen moyen consumériste et verse dans la névrose de choix devant les rayons trop chargés.

p-067e-chaussures-talons-hauts-de-mariage-en-similicuir-talons-aiguille-avec-boutonMais Sisi, la psy n’a pas la tête aux soldes. Sa pensée dérive – plus que d’habitude peut-être – et nul objet matériel ne peut l’ancrer. Elle est prise dans un effarement collectif qui a tout balayé. Elle pense aux choix, si difficiles, si complexes, à ce qu’ils impliquent de renoncement ; ces choix qui font croire au contrôle quand ils en sont l’antinomie.
Quelle responsabilité individuelle et collective face aux événements ?
Sisi la psy pense à sa responsabilité. Etre responsable, en tant que psychologue, entendre et tenir pour essentielle la subjectivité, assumer sa propre subjectivité et tenir devant l’angoisse du choix à faire et du sens, encore inconnu mais à venir, toujours dans l’après-coup. Sisi sait pouvoir faire face à ces non-sens, elle sait pouvoir aider à tenir devant ces infra-sens qui font notre quotidien d’humains, ces absolues souffrances. Elle sait pouvoir entendre aussi et même accompagner l’effondrement. Elle pensait même ne pas le craindre, en connaître la couleur et l’importance. Elle veut encore montrer qu’il n’est pas impossible de penser la chose, qu’il n’est pas défendu de la dire. Elle pense aussi que l’on peut contenir comme on enveloppe et non comme on ligote, comme on entoure et non comme on entrave, comme on soutient et non comme on muselle. Elle voit la créativité des personnes pour trouver des processus qui leur rendent la sécurité basale, processus aux antipodes de logiques sécuritaires externes.
Sisi citoyenne pense à sa responsabilité. Etre responsable, répondre de sa parole. Etre citoyen, s’engager par sa parole. C’est cette responsabilité qui fonde notre être à l’autre et notre parole comme acte, car il s’agit de la parole d’un être humain adressée à un autre être humain. Cette responsabilité qui ne méconnaît pas ce qui en l’autre relève de l’alter. Cette responsabilité qui ne dénie pas la difficulté d’être en lien et la culpabilité suscitée par le lien mais qui est la preuve de notre humanité commune. Cette responsabilité est écrasante parfois et, dans le même mouvement, elle est vivifiante car elle est à l’origine du sens que nous donnons à nos actes et de nombre de nos engagements collectifs.
Pas de chaussure, pas de manteau, pas de sac. Sisi la psy a juste besoin d’une minute encore, d’un peu de silence encore ; relire Freud, L’homme Moïse et la religion monothéiste –L’éthique est la limitation des pulsions-, relire Arendt – Ethique de responsabilité et éthique de conviction- et relire Lacan, L’éthique de la psychanalyse, Séminaire, Livre VII –Ne pas céder sur son désir.