La psychologie du jeu à Blackjack Ballroom

Le mois de novembre, les vagues d’averse et le vent en rafale. La nuit s’installe. Sisi, la psy, lutte à coups de vitamine D et de magnésium - noir, pur cacao à 70% - contre la morosité ambiante, assez vite transformée en nervosité dans les services de l’hôpital en proie aux experts qui viennent de débarquer pour la certification. Même l’arrivée des internes ne fait pas rêver ; ils sont plus jeunes chaque année, ce qui n’a rien à voir avec l’âge de la psychologue, bien entendu.

Lundi matin, 8H45, une jeune fille timide, et peut-être un peu terrorisée, est déjà en salle d’attente. Sisi la psychologue avait oublié, c’est la nouvelle stagiaire. Journée fatigante en prévision et il pleut, pense Sisi la psy. Parler de son travail, expliquer ce que l’on fait, le lui montrer… Quand bien même on le souhaiterait, tout transmettre ne serait pas possible. Rectifier, s’expliquer, s’exposer, la présenter aux collègues, batailler auprès de l’administration pour lui obtenir une blouse et un badge.

Attaquant vaillamment cette journée, Sisi la psychologue commence à parler : les patients, la déontologie, les collègues. Elle se prend au jeu, les images d’entretiens défilent, les exemples se succèdent. Elle raconte les doutes et la pratique, les succès et les doutes à nouveau. Les patients qui vont mieux. Ceux qui vous lassent, un peu. Ceux qui reviennent, les chroniques. Ceux qui disparaissent.

La stagiaire a les yeux agrandis par l’attention, elle s’y voit, la théorie s’éloigne et elle en comprend en même temps l’intérêt. Elle a peur aussi et c’est normal. Le premier patient est là, derrière la porte, tout est possible. Et là, Sisi sent un changement, ça vibre, ça se réveille. «Empathie à deux», «empathie réciproque et visage de l’autre» dit Tisseron. Distance ! pense Sisi la psychologue, relation tuteur-stagiaire, transmettre, former. C’est une Rencontre. Rien à voir pourtant avec la rencontre clinique. C’est autre chose. Les paroles échangées d’une collègue à une future collègue.

Aujourd’hui, la stagiaire a appris quelque chose à Sisi : elle aime son travail. Bien sûr, Sisi n’est pas complètement dupe ; elle aime aussi en parler. Elle aime que la stagiaire l’écoute. Mais cet orgueil-là est le reflet de l’attachement à ce métier, précieux, en équilibre entre technique, praxis et l’autre chose, indéfinissable peut-être, inépuisable sans doute : la clinique.

J’espère que les stagiaires auront appris de moi autant que j’ai appris auprès d’eux, pense Sisi la psychologue, en terminant cette journée.