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3ème Edition des Entretiens Francophones de la Psychologie
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En quoi le travail du psychologue se distingue-t-il du travail d’un « psy » non psychologue, ou d’un professionnel « non psy » ?
Comment évolue la demande faite aux psychologues ? Doit-on parler d’un psychologue « d’hier », « d’aujourd’hui », et « de demain » ?
Doit-on parler « du » psychologue, ou « des » psychologues ? Quelles représentations le public, les médias, et les psychologues eux-mêmes se font-ils d’un psychologue ?
Quelles sont les spécificités de la formation (initiale et continue) du psychologue ? Quels sont les changements apportés par la certification Europsy ?
Y a-t-il des méthodes et des outils propres aux psychologues ? Sur quoi porte la compétence spécifique du psychologue en matière de tests, de recrutement, d’orientation, de formation, de psychothérapie ?
Et bien d’autres questions sur : La place des psychologues dans la société d’aujourd’hui
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Présentation La Fédération Française des Psychologues et de Psychologie (FFPP) organise les Troisièmes Entretiens de la Psychologie du 3 au 5 juillet 2008 à Paris, 6ème. Cette manifestation est mise en place tous les deux ans – les Premiers Entretiens se sont déroulés du 22 au 24 avril 2004, les Deuxièmes du 2 au 4 novembre 2006 – et est destinée à présenter aux praticiens et aux universitaires de la psychologie les connaissances actualisées sur la discipline. Elle a aussi pour objet de présenter la Fédération, les organisations, associations et régions qui la constituent, et son rôle dans le paysage professionnel et sociétal. Elle peut enfin servir de point de repères sur la discipline, ses acteurs et ses pratiques, destiné au public et à ses usagers. Cette année, ces Entretiens ont la particularité d’être organisés conjointement avec la Fédération Belge des Psychologues (FBP-BFP) et la Fédération Suisse des Psychologues (FSP). De plus, pour la première fois, une thématique est proposée.
Objectifs Ces Entretiens périodiques ont vocation à constituer une référence pour les psychologues et les différents acteurs intéressés par la psychologie, qui peuvent y trouver un vecteur privilégié d’information et de formation permanente, en conservant un regard pluriel et réciproque sur les pratiques et la discipline. Ils offrent ainsi un espace de promotion de la profession et de la discipline, un espace d’actualisation des connaissances, un soutien à la valorisation de la recherche, un moyen de faire connaître les pratiques innovantes, un lieu d’échanges entre praticiens et universitaires. Le souhait des organisateurs est d’y voir représentés tous les aspects de la psychologie : la formation, les pratiques, la recherche et ses applications, l’éthique, les interactions avec les professionnels non psychologues, les différents secteurs d’activités. Cette rencontre se veut aussi le lieu d’échanges constructifs sur l’actualité concernant les missions, les protections législatives, l’évolution de la déontologie des professionnels de la psychologie. Selon cette actualité, des débats et tables rondes peuvent être programmés au sein des Entretiens peu de temps avant leur déroulement. Les Entretiens Francophones de la Psychologie / Compte rendu
Organisés par la Fédération Française des Psychologues et de Psychologie (FFPP), la Fédération Suisse des Psychologues (FSP) et la Fédération Belge des Psychologues (BFP-FBP)
Pour la première fois francophones, pour la première fois ciblés sur un thème précis, ces Entretiens 2008 ont rassemblé près de 600 personnes (comprenant plus de 160 orateurs) sur près de 80 interventions (dont 11 conférences et 11 tables rondes), ont présenté 16 exposants professionnels et un artiste, et ont été soutenus par 11 partenaires. Nous tenons tout d'abord à remercier l'ensemble des contributeurs (conférenciers, animateurs des tables rondes et invités, membres praticiens et universitaires du comité scientifique, membres des commissions, associations, partenaires, dessinateurs – récompensés par le prix J.-F. Camus – , et l'équipe étudiante) qui illustrent ici une fois de plus le dynamisme de la profession et de la discipline, en mettant leur disponibilité et leurs compétences au service de cette manifestation.
« La valeur ajoutée du psychologue », thème principal, est d'actualité : malgré l'émergence incontestable de la psychologie dans notre société, la profession et la discipline se heurtent à une image souvent confuse et à une certaine opacité, dans le champ « psy », des spécificités de l'une et de l'autre – les facteurs impliqués étant parfois différents d'un pays à l'autre, et pas toujours externes à la profession elle-même. Le psychologue et/ou l'enseignant-chercheur, de plus en plus sollicité, doit s'interroger sur les demandes qui lui sont faites et sur les modalités de ses réponses et leurs conséquences, qu'elles se situent dans le champ des pratiques ou dans le champ de la formation, conséquences individuelles ou collectives, professionnelles, sociales, publiques, voire politiques. Les conférences d'ouverture d'Axel Kahn, de Daniel Widlöcher, de Claude Lévy-Leboyer et de Robert Voyazopoulos ont, à ce titre, insisté sur la nécessité d'un dialogue entre les niveaux d'explication des phénomènes étudiés, sur les responsabilités qui nous incombent en psychothérapie, sur certaines perspectives à anticiper dans le domaine du travail, sur la difficulté et l'enjeu de mettre nos compétences en commun au service de la collectivité.
Cette valeur, nous avons ainsi tenté de la clarifier, de la préciser, pour nous et les autres (le public, les employeurs, les institutions, les gouvernants). Cinq dimensions en particulier ont permis de mettre en place sur 3 jours des moments privilégiés de réflexion et d'échanges.
Les interventions sur l'exercice professionnel, en matière de prévention, diagnostic et prise en charge, visaient à distinguer le travail du psychologue du travail d'un « psy » non psychologue. Il a été interrogé selon différentes approches et abordé à travers plusieurs contextes d'activité (petite enfance, adolescence, éducation spécialisée, famille, vieillissement, travail, armée, délinquance, situations d'urgence et traumatisantes, interculturel, précarité, prison...). Le champ de la santé fut particulièrement ciblé autour du Plan Alzheimer 2008-2012, et la question sous-jacente à de nombreux débats au sujet du titre unique du psychologue fut publiquement discutée.
La dimension du champ social précisait plus particulièrement dans quels domaines et pour quelles demandes le psychologue a vocation à intervenir, et quelles étaient les évolutions des demandes et des demandeurs. Le domaine du travail fut plusieurs fois présenté et discuté, mais également la question des applications sociales de la psychologie, le problème des compétences scolaires et des stéréotypes associés, l'environnement et ses multiples facettes, notre valeur « économique » dans la société, les demandes liées aux ressources humaines... sans oublier le rôle que peuvent jouer les psychologues dans d'autres champs (comme l'ethnologie, par exemple) et la part que peut prendre le psychologue lui-même dans le changement social.
L'image du psychologue : est-elle multiple, manipulée, avons-nous nous mêmes une idée claire sur cette question ? Plusieurs interventions ont permis de mieux cerner les sources théoriques, philosophiques ou naïves des différents points de vue (du public, des médias, des psychologues, des « psy », des autres professionnels...), mais aussi de s'interroger sur nos identités professionnelles spécifiques (psychologue du travail, psychologue de l'éducation nationale, conseiller d'orientation-psychologue, psychologue clinicien...) et de la place centrale de notre déontologie. Deux tables rondes (sur la précocité intellectuelle et sur l'utilisation du terme « psychologie ») ont abordé la problématique du rôle du psychologue lui-même dans le traitement médiatique dont il est l'objet.
Qu'en est-il de la formation, initiale et continue, du psychologue ? Les différentes prises de parole interrogèrent plus particulièrement les compétences spécifiques et non spécifiques (en particulier relatives à l'insertion professionnelle des doctorants) de cette formation, ses conséquences subjectives, son adéquation avec les offres d'emploi et les attentes du monde du travail – et quels sont les critères à prendre en compte dans cette éventuelle adéquation recherchée – , le rôle que peut jouer la certification Europsy, la place des chercheurs sur le terrain et la façon de valoriser la recherche, ainsi que le problème de la validation des acquis de l'expérience et des articulations pédagogiques entre les différents champs théoriques qui composent « la psychologie » à l'université.
Concernant la compétence méthodologique du psychologue, elle fut défendue en matière d'utilisation, d'évolution, de création et de validation de tests, de recrutement, d'orientation, de formation, de psychothérapie, mais aussi mise en perspective plus particulièrement quant à la difficulté d'utilisation d'outils spécifiques face à une société multiculturelle ou dans des contextes particulièrement complexes comme la famille.
Des confrontations française, belge et suisse ont également été présentées en matière de formation, d'orientation, d'image, ainsi que pour l'exercice professionnel dans le domaine du travail et dans la « gestion » du phénomène sectaire et des dérives réelles et potentielles dans le domaine psychothérapeutique.
Concernant la France, la question de l'article 52 a bien sûr été abordée et discutée, et a donné lieu à deux articles de presse suite aux interviews de P. Grosbois, chargé de mission Psychothérapie à la FFPP (« Le psychologue au coeur de la santé », Le quotidien du médecin, 3 juillet 2008 ; « Les psys vent debout contre un projet de décret », Le Figaro, 7 juillet 2008). Par ailleurs, Erik de Soir, spécialiste belge des questions liées au traumatisme et invité aux Entretiens, a accordé une interview relative à la libération (enfin !) d'Ingrid Bétancourt, libération qui eut lieu au moment même du déroulement de la manifestation (« L'exaltation de la libération peut expliquer la forme surprenante de l'ex-otage », Le Figaro, 3 juillet 2008).
Enfin, la question de l'expertise judiciaire et du rôle de l'expert psychologue en matière de justice fut plusieurs fois évoquée dans ses aspects théoriques et pratiques, en particulier dans une table ronde animée par A. Létuvé, chargé de mission Déontologie à la FFPP, en présence des experts A. Andronikof (psychologie) et B. Cordier (psychiatrie), et de la présence exceptionnelle de l'ancien ministre de la Justice R. Badinter. Ce dernier a lancé lors de cette table ronde un appel à se mobiliser en tant que professionnels contre la demande impossible faite aux experts dans le cadre de la loi sur la prolongation de peine (« La loi sur la rétention de sûreté : psychologues et psychiatres, alibis d'une nouvelle forme de relégation perpétuelle ? », publié dans le Journal des Psychologues de septembre 2008 ; « Les psychologues ne veulent pas jouer le rôle de juge », 20 Minutes, 3 septembre 2008). Une publication des interventions de cette table ronde est en cours, à paraître dans le Bulletin de Psychologie.
Bruno Vivicorsi Coordinateur depuis 2005, Chargé de mission élu depuis 2007, pour le Comité d'organisation (J. Accoce, C. Ballouard, N. Derdaele, T. Frassineti, A. Ginel, B. Guinot, M. Kretzschmar, R. Lécuyer, J. Perriard, A. Peyre, M.-J. Robineau, F. Van Dam, C. Wieder).
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Revue de presse La loi sur la rétention de sûreté : psychologues et psychiatres alibis d’une nouvelle forme de relégation perpétuelle ?
Le 25 février 2008, malgré de fortes oppositions exprimées, la loi instaurant un dispositif qui permet de prolonger sans limite l’enfermement de personnes ayant accompli leurs peines est entrée en vigueur. Au nom de la prévention de toute récidive, cette loi marque une rupture grave avec les principes essentiels qui fondent notre droit pénal en France. Nous basculons d’une justice de responsabilité et de liberté à une justice de sécurité et de relégation qui juge ce que nous sommes et non plus ce que nous faisons. Si tout citoyen peut se sentir légitimement concerné par cette rupture, il l’est tout particulièrement lorsqu’il est psychologue ou psychiatre puisqu’en dernier ressort, ce sont des représentants de ces deux disciplines qui seront amenés à porter la responsabilité de ce nouveau dispositif d’élimination. Voilà résumée au plus serré la gravité de cette nouvelle problématique majeure qui nous est posée telle qu’elle fut développée au cours d’une table ronde des Troisièmes Entretiens francophones de la Psychologie, organisés par la FFPP notamment, table ronde de ce 4 juillet où se sont exprimés en ce sens Robert Badinter, ancien président du Conseil constitutionnel, ancien Garde des Sceaux, Sénateur… Bernard Cordier, Chef de service de psychiatrie à l’hôpital Foch, expert près la cour d’Appel de Versailles…et Anne Andronikof, Professeur en psychopathologie, ancien expert près la cour d’Appel de Paris, présidente de la CNCDP (Commission nationale consultative de déontologie des psychologues). Considérant l’importance et la valeur de cette table ronde pleinement consensuelle d’ailleurs quant au triste constat des faits et des conséquences prévisibles malgré les différents champs de compétences représentés, outre les actes des Entretiens, la publication ultérieure de certaines interventions est déjà envisagée. Cependant, au regard de la gravité de cette problématique posée à notre discipline, à ses fondements scientifiques et à notre déontologie, à l’éthique qui oriente nos pratiques et l’urgence dictée par l’imminence de la mise en œuvre d’une partie notable de ce dispositif, il convient de rendre compte très succinctement des traits les plus saillants soulevés afin que chacun puisse s’en saisir et qu’individuellement et collectivement position soit prise : celle du refus !
Résumé synthétique du dispositif mis en place (Code de procédure pénale) : Si la cour d’assises l’a prévu dans sa condamnation, un an avant la date de libération, la personne ayant effectué une peine de réclusion criminelle d’une durée égale ou supérieure à quinze ans… (pour crimes commis sur mineur ou « aggravés » sur majeur...) est placée dans un service spécialisé pendant au moins six semaines pour procéder à une « évaluation pluridisciplinaire de dangerosité ». Sur la base de cette évaluation et de deux expertises médicales, une commission pluridisciplinaire (celle mise en place déjà pour la mise en œuvre des mesures de surveillance de sûreté dont le bracelet électronique mobile… par le décret du 1er août 2007, où siègent un psychiatre et un psychologue experts parmi un président de cour d’appel, un préfet de région, un directeur des services pénitentiaires, un représentant d’association d’aide aux victimes, un avocat) peut décider de placer la personne en « rétention de sûreté » dans un « centre socio-médico-judiciaire » où lui sera proposée «de façon permanente une prise en charge médicale, sociale et psychologique» pour une durée d’un an renouvelable sans limitation… L’officialisation de l’ « examen de dangerosité » (article 763-10…) fait référence à la dangerosité criminologique alors qu’il est réalisé (décret cité de 2007) par «un psychiatre et un psychologue…» ! (art.R.61-11). Cependant, la loi de 2008 surenchérit sur cette confusion et franchit sur bien des plans la ligne rouge en caractérisant l’objet de l’évaluation et donc la cause de la rétention : « une particulière dangerosité caractérisée par une probabilité très élevée de récidive parce qu’elles (les personnes) souffrent d’un trouble grave de la personnalité » !
Le principe de la présomption d’innocence, pilier de notre droit pénal, est retourné en présomption de culpabilité pour un acte virtuellement probable du fait de votre personnalité ! « Ce dispositif est une régression, sous couvert entretenu médiatiquement d’une culture de la compassion, un basculement par le retour de la notion de « l’homme dangereux », la stigmatisation du « déviant », du « monstre » notions propres à des périodes sombres de notre histoire ». Robert Badinter a dénoncé avec force cette logique de rupture qui néantise toute possibilité de défense « puisqu’ ainsi on est accusé de rien d’autre que d’être soi même ». Or, au bout de la chaîne, ce sont les « psy » qui auront à répondre et à endosser la responsabilité de la décision : « vous n’arriverez jamais à répondre à une telle question… l’incertitude est structurelle… ce qu’on attend de vous c’est qu’au nom d’un « scientisme » vous donniez un bon, le visa pour une rétention à durée illimitée. Camouflée sous le voile de l’expert, c'est-à-dire vous, ce n’est rien d’autre que la volonté d’élimination qui fait retour ! ». Suite à cette vigoureuse adresse, Bernard Cordier a tenu à marquer les limites de la psychiatrie en matière de dangerosité : elle ne peut être évoquée qu’en lien avec la maladie mentale diagnostiquée. Or, la loi ne parle pas de maladie ni de trouble mental au sens de la classification de l’OMS ou de la CIM 10 et ne réfère la probabilité de récidive qu’à la notion de personnalité en occultant les facteurs circonstanciels, la dynamique de l’histoire du sujet… Le champ de la notion de trouble de la personnalité est vaste et autant large et aléatoire que tendancieux : doit-on rappeler les dérives de l’ex URSS en la matière ou la notion de « noyau criminel » ? L’utopie de confier des missions de plus en plus problématiques en matière criminelle à la psychiatrie et à la psychologie relève du malentendu (« soigner le mal sous toutes ses formes ») et conduit à l’impossible ou à l’imposture. Si nous avons le devoir de participer aux soins, dans la limite des compétences réciproques, nous ne pouvons valider la logique d’évaluation telle que la loi la définit sous peine d’obligation de résultat et de responsabilité écrasante : « qui oserait faire un certificat de sortie qui pourrait garantir une absence de récidive et donc, le cas échéant, risquerait la stigmatisation médiatique… ? Nous ne pouvons cautionner un dispositif qui crée un lieu où des gens seront les otages d’un artifice sécuritaire ! » Pour le psychologue, réduire la « dangerosité » (notion pourtant condamnée par une instance du Conseil de l’Europe) aux caractéristiques psychiques du sujet est sans fondement scientifique. En plus, il est question de probabilité élevée de dangerosité. Il me semblait que mettre un extrait du texte de loi serait bien, vous ne trouvez pas ? Le concept de « trouble de la personnalité » est aberrant en soi et induit une dimension normative. « Il s’agit d’une cassure épistémologique fondamentale, d’une dérive grave » a affirmé à son tour Anne Andronikof qui explicite la transgression opérée par la loi en matière de catégories santé/maladie : « le continuum est rompu : il ne s’agit plus d’états différents d’un même psychisme mais de psychismes différents, constitués de manières différentes…et qu’il va donc falloir dépister…et pourquoi pas précocement ! » Alors que les psychologues, par la réécriture de leur code en 1996, ont affirmé leurs valeurs éthiques (art.3) et déontologiques (voir notamment l’art.19 sur le sujet), ils sont acculés par cette loi à remplir la fonction de régulation sociale ! Au nom tant de l’éthique que de la scientificité de notre discipline, une seule position est possible : refuser de faire partie de ce dispositif !
Je ne saurais conclure sans évoquer le rapport de Vincent Lamanda, premier président de la Cour de Cassation, du 30 mai 2008 en réponse au Président de la République qui souhaitait le contournement du refus d’application rétroactive de la loi par le Conseil Constitutionnel -rapport instructif cité par les intervenants- et qui souligne notamment que ce « dispositif gigogne…, complexe, assez rigide et, malgré tout, en partie lacunaire » (au regard de l’empilement accéléré depuis dix ans des lois en ce sens) ne va pas attendre 12 ans pour voir les premières mesures de rétention s’appliquer. En effet, la violation des obligations de la surveillance de sûreté déjà mise en place permet dès maintenant le prononcé de la mise en rétention (art.706-53-19 al.3 du CPP.)! Il y a donc urgence à réagir et à prendre position. « Une société totalement délivrée du risque de la récidive criminelle, sauf à sombrer dans les dérives totalitaires, ne serait plus une société humaine » Conclusion, p.65 du rapport.
A consulter en urgence : « Rétention de sûreté, une peine infinie » film de T. Lacoste. Site du Syndicat de la magistrature et Appel du 20 mars 2008. http://www.contrelaretentiondesurete.fr/
Alain Létuvé, animateur de la table ronde.
Non à la compromission de psychologues dans une procédure judiciaire inhumaine
La loi du 25 février 2008 ne prévoit pas seulement la peine après la peine, le retour de la relégation et la perpétuité par tranches. Elle passe d’une justice portant sur des actes à une justice portant sur des personnes. Pour ce faire, elle a recours à des experts, psychologues et psychiatres devant évaluer la « dangerosité » d’un être humain, et donc la probabilité de récidive. Les principes philosophiques qui fondent la déontologie des psychologues et donc leur action impliquent le refus de l’aliénation et du déterminisme. La notion de personnalité, inscrite dans la loi, n’a de sens pour le psychologue que replacée dans le contexte social dans lequel évolue la personne. L’acte criminel, comme tout acte humain est toujours le produit de facteurs multiples et ne peut donc jamais être réduit à un seul mécanisme causal. L’humain n’est pas le mécanique et la personnalité n’est en aucun cas un déterminant absolu de la conduite. Le concept de dangerosité n’est pas scientifiquement défini et l’idée d’évaluer la dangerosité individuelle d’une personne indépendamment du contexte est complètement dépourvue de sens. La FFPP demande donc à tous les psychologues qui seraient susceptibles d’être impliqués dans les procédures d’application de la loi du 25 février 2008 de suivre simplement leur code de déontologie et en particulier son article 19 : Le psychologue est averti du caractère relatif de ses évaluations et interprétations. Il ne tire pas de conclusions réductrices ou définitives sur les aptitudes ou la personnalité des individus, notamment lorsque ses conclusions peuvent avoir une influence directe sur leur existence. Le psychologue ne peut donc en aucun cas participer à une procédure contraire aux principes de base de sa déontologie, à la conception de l’homme issue de ses connaissances et à sa conception de sa propre action.
Le psychologue au coeur de la santé (Le Quotidien du Médecin - 3 juillet 2008) Les psychologues ont rendez-vous à partir de demain à Paris pour les 3es Entretiens francophones de la psychologie. L'occasion de souligner la « valeur ajoutée » qu'est la prise en charge psychologique pour la santé et de réclamer, une nouvelle fois, le décret attendu depuis bientôt quatre ans sur l'usage du titre de psychothérapeute. LES 3es ENTRETIENS francophones de psychologie, événement bisannuel organisé par la Fédération française des psychologues et de psychologie (FFPP), se déroulent à Paris du 4 au 6 juillet*. Ils permettront aux professionnels concernés de mettre l'accent sur le bien-fondé de leur activité au profit des malades. La prise en charge psychologique est moins que jamais un luxe, pour le patient comme en termes d'économie. C'est une «valeur ajoutée» pour la santé, dit au « Quotidien » Philippe Grosbois, maître de conférences à l'université catholique d'Angers (Maine-et-Loire), chargé de mission « psychothérapie » au sein de la FFPP. En l'espace de vingt ans, le psychologue s'est imposé. Entré par la porte de l'hôpital psychiatrique, puis de l'hôpital général, il occupe désormais le champ de la médecine, de la chirurgie, de l'obstétrique et des soins palliatifs. Plus de 30 000 des 43 000 professionnels en exercice sont spécialisés dans les pratiques cliniques, les autres, pour la très grande majorité, interviennent dans le monde du travail et de la psychologie sociale. Actuellement, environ trois sur cinq sont des hommes et quatre sur cinq en formation initiale des étudiantes. «Valeur ajoutée» à la santé, la psychologie entend le demeurer. Aussi ses représentants appellent-ils de leurs voeux le décret d'application sur l'usage du titre de psychothérapeute, en application de la loi du 9 août 2004, de manière à renforcer la protection du public. Ce texte, qui s'apparente à une arlésienne depuis bientôt quatre ans, concerne 5 000 personnes, les « ni-ni », ni médecin, ni psychologue, ni psychanalyste, qui s'aventurent, parfois abusivement, sur les terres de la psychothérapie, via le milieu sectaire entre autres. «Il s'agit de donner un coup de balai», explique Philippe Grosbois. Le décret tant attendu devrait être suivi de deux arrêtés, l'un censé définir les conditions d'accès au titre de psychothérapeute et l'autre désignant les organismes habilités à dispenser un enseignement ad hoc. > PHILIPPE ROY
L'exaltation de la libération peut expliquer la forme surprenante de l'ex-otage (Le Figaro - 3 juillet 2008)
L'état de santé physique et psychologique de l'ex-prisonnière pourrait être plus détérioré que ses premières apparitions ne le laissent supposer.
En quel état psychologique et physique se retrouve-t-on après six longues années de captivité, passées dans l'enfer de la jungle colombienne ? Certes Ingrid Betancourt est apparue rayonnante et en apparente bonne santé, mais amaigrie, les traits marqués par cette éprouvante réclusion de 2 321 jours. Son entourage se voulait pourtant rassurant. «Il n'y a pas d'inquiétude pour sa santé même si son état psychologique reste faible.» En effet, sur la vidéo diffusée le 30 novembre dernier, la jeune femme semblait très amaigrie, presque décharnée, le regard vide tourné vers le sol, visiblement très lasse, le poignet droit et les chevilles entravées par des chaînes. Les marches épuisantes dans la jungle, l'alimentation déplorable, les traitements inhumains, les parasitoses et les infections tropicales multiples, l'absence totale de confort, les nuits sous la pluie, dans les pires conditions, semblaient avoir eu raison de sa combativité. Pourtant, ses cinq tentatives de fuite précédentes témoignent en même temps de son extraordinaire ténacité. Une volonté de survivre coûte que coûte qui lui aura permis de tenir jusqu'à sa délivrance. Dans une lettre poignante à sa famille, le 1er décembre 2007, elle semblait toutefois avoir perdu tout espoir : «Ici, nous vivons comme des morts». Ce qui veut dire qu'elle «ressentait très profondément le fait de ne plus appartenir au monde des êtres parlants», analyse le psychologue belge Erik De Soir, vice-président de l'association de langue française pour l'étude du stress et du traumatisme. «La mort en face» Tout le monde va bien évidemment lui demander de raconter son histoire. «Mais il n'y a pas de mots assez forts pour le dire quand on a été confronté à l'anéantissement et à l'abandon complets, à l'obligation de devoir regarder la mort en face», poursuit-il. Ce retour à la vie sera forcément dur à gérer. «Entre vivre comme des morts et revenir en pleine lumière, au centre de l'amour des siens et de l'attention des médias et des politiques, le déphasage est immense et l'impact psychologique important», reconnaît ce spécialiste intervenu jeudi à Paris dans le cadre des Entretiens francophones de la psychologie. «Il lui faudra atterrir très prudemment dans son univers mais je ne suis pas convaincu qu'une aide psychologique d'emblée s'avère indispensable.» Même si secondairement, elle lui sera probablement nécessaire. Son état de santé physique en revanche semble assez détérioré. Récemment, un haut fonctionnaire colombien, Volmar Perez (médiateur de l'État colombien), disait avoir reçu des témoignages alarmants sur l'état de santé de la captive qui aurait nécessité des soins dans plusieurs dispensaires. Ingrid Betancourt était apparue «maigre comme les enfants de Somalie», aux dires de paysans de la région de Guaviare qui l'auraient croisée. Selon son ex-mari, elle aurait souffert d'une série de complications dues à l'hépatite B chronique contractée il y a de nombreuses années. Et durant sa captivité, elle aurait été atteinte d'une leishmaniose, une parasitose transmise par la morsure de petits insectes (phlébotomes), une affection très fréquente en Amérique du Sud, à l'origine de fièvre irrégulière, d'extrême pâleur (due à l'anémie), de fatigue, d'amaigrissement accompagnés de ganglions. Deux des trois ex-otages américains libérés mercredi ont eux aussi été contaminés et vont devoir suivre un «traitement médical moderne». La jeune femme aurait reçu durant sa captivité des remèdes traditionnels bien connus des preneurs d'otages des Farc, habitués de la forêt. Mais ses «joues rebondies» selon certains de ces proches plaideraient en faveur d'un traitement par des corticoïdes. Et ses bras cachés par des manches longues gardent la trace des chaînes aux poignets qui l'ont enserrée si longtemps. > Catherine Petitnicolas
Les psychologues ne veulent pas jouer le rôle de juge
(20 Minutes - 3 septembre 2008)
« Une justice qui juge ce que nous sommes et non plus ce que nous faisons. » Membre de la Fédération française des psychologues et de la psychologie et exerçant à la maison d'arrêt de Rouen, Alain Létuvé s'insurge contre le rôle de juge que la loi sur la rétention de sûreté va faire endosser aux psychologues et psychiatres. Ce texte voté le 25 février 2008 instaure un dispositif qui permet de prolonger sans limite l'enfermement de personnes ayant purgé une peine (de quinze ans ou plus), mais qui sont considérées comme dangereuses. Et c'est une commission pluridisciplinaire - la même que celle existant pour le bracelet électronique - qui sera chargée d'évaluer chaque année cette « dangerosité », sur la base d'une expertise réalisée par un psychologue et un psychiatre. « Nous allons donc porter seuls la responsabilité de ce nouveau dispositif d'élimination », explique Alain Létuvé, qui appelle ses collègues à refuser de participer à cette procédure. « La loi fait une confusion terrible entre la notion de dangerosité sociale et la notion psychologique, analyse-t-il. Et le principe de présomption d'innocence est retourné en présomption de culpabilité pour un acte virtuellement probable du fait de votre personnalité. » Tout l'été, professionnels du secteur et syndicats de magistrats ont organisé des rencontres d'information autour d'un film, Rétention de sûreté, une peine infinie, visible sur Internet*. Invité, Robert Badinter, ancien garde des Sceaux, a dénoncé cette logique qui réduit à néant toute possibilité de défense puisque, selon lui, « on est accusé de rien d'autre que d'être soi-même ».
> David Carzon - ©2008 20 minutes
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| Mise à jour le Samedi, 18 Mai 2013 00:20 |